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Royaliste n°1268 du 18 décembre 2023

Pays Bas : Le temps des surprises

Les Chemins du monde

lundi 18 décembre 2023

Les élections néerlandaises du 23 novembre constituent un coup de tonnerre de plus dans le ciel constellé d’étoiles de l’Union Européenne.

Les élections néerlandaises du 23 novembre dernier résultent d’une crise gouvernementale provoquée par l’implosion de la coalition parlementaire de la droite et du centre qui s’était formée en 2019. L’affrontement entre le parti libéral du Premier Ministre Mark Rutte et ses partenaires centristes et démocrates-chrétiens sur la question des réfugiés a été fatal au gouvernement. Pourtant réputé malin et habile négociateur le chef du gouvernement néerlandais n’a pas trouvé d’autre solution que de démissionner et de demander au roi de convoquer les électeurs avant d’annoncer son retrait de la vie politique.

Ces élections sont un séisme. Le parti de la liberté (PVV) de Geert Wilders classé à l’extrême-droite de l’échiquier politique l’emporte en obtenant plus de 23 % des suffrages exprimés et 37 sièges sur 150. Il devance de près de huit points (15,75% des voix et 25 sièges) la coalition de gauche (social-démocrate et écologiste). Le parti de Mark Rutte n’obtient que la troisième place (15,24% des voix et 24 sièges) et s’effondre à l’image de ses partenaires. Au contraire un parti dissident des chrétiens-démocrates le NSC, créé moins de trois avant les élections par Pieter Omtzigt, fait une percée en obtenant 12 sièges et 12,88 % des voix. Ce scrutin est donc clairement un vote sanction.

Les sondages n’ont pas su mesurer le mécontentement de la population, ceux-ci gratifiant encore le parti vainqueur de 14 % des intentions de vote peu de jours avant l’élection. Or Geert Wilders s’est montré très habile en insistant beaucoup sur les problèmes de niveau de vie, de santé et de sécurité et en mettant une sourdine à ses discours antimusulmans. Le parti de Mark Rutte, dont le successeur est une femme d’origine kurde, Mme Dilan Yesilgöz-Zegerius en condamnant l’immigration illégale et l’arrivée de nouveaux réfugiés, a crédibilisé le parti de Wilders. La gauche quant à elle s’est voulu la championne de l’Etat-Providence en mettant en avant un ancien commissaire de l’Union Européenne, M. Frans Timmerman. Pas vraiment un gage de crédibilité. Quant au « parti paysan » (BBB) eurosceptique et attaché au modèle productiviste, il ne recueille cette fois-ci que sept sièges. Un échec. Reste que dans le poumon économique des Pays-Bas, mondialisé, peu de gens ont soutenu Geert Wilders (8% des voix à Amsterdam) contrairement aux territoires ruraux du Nord et du Sud-est.

Au vu des résultats, les partis de droite libérale et du centre qui refusaient toute alliance avec Wilders laissent entendre désormais, qu’ils pourraient revoir leur position. Les positions des uns et des autres ne seront pas nécessairement faciles à concilier. Aux Pays-Bas aussi, les élections européennes de mai prochain s’annoncent passionnantes.

Marc Sévrien