La victoire de M. Nawrocki candidat du PIS (Droit et Justice) à l’élection présidentielle polonaise révèle les fractures politiques et sociales du pays.
Les « décérébrés » ont encore frappé. Le 1er juin 2025, Karol Nawrocki, candidat soutenu par le PIS a remporté le second tour de l’élection présidentielle polonaise face au candidat soutenu par le gouvernement de Donald Tusk, Rafal Trzaskowski. Certes le candidat conservateur l’emporte de justesse (50,89% des voix) mais c’est un désaveu pour Donald Tusk et un échec pour tous ceux qui, après l’élection victorieuse en Roumanie espéraient assister à une nouvelle victoire du « parti européen », à un triomphe de la Lumière sur la Nuit. Désaveu parce qu’à juste titre, le Premier Ministre pouvait invoquer la capacité d’empêchement dont bénéficiait jusqu’à présent le président sortant issu du camp conservateur grâce à son droit de véto législatif, véto qu’il n’est possible de lever que par un vote des 3/5° des voix représentant au moins la moitié des députés. Or Andrej Duda a déjà opposé son veto à quatre lois (dont une sur l’accès simplifié à la pilule du lendemain). Il a saisi le tribunal constitutionnel pour quatre autres lois et il s’est opposé à plusieurs nominations dans l’administration. C’est dire si son rôle dans la vie politique polonaise n’est pas minime et si Donald Tusk de son point de vue avait raison d’insister sur la nécessaire victoire d’un président partageant ses vues. Or, cela lui a été refusé par les électeurs.
Bien sûr, on peut reprendre les analyses entendues maintes et maintes fois. Affirmer que la victoire de M. Nawrocki est obtenue de justesse, ce qui résonne presque comme une défaite. Mais c’est une victoire quand même. En démocratie il me semble, il suffit d’une voix de plus pour l’emporter. On peut aussi rappeler que les Polonais des villes ont voté pour l’Europe et pour la Plateforme Citoyenne de M. Tusk (PO), alors que les « culs-terreux », les plus décérébrés des décérébrés en somme, pardon, le monde rural a voté pour le conservatisme le plus rétrograde. Le tout dit avec un zest de mépris et un soupçon de condescendance, sans oublier le sourire un peu crispé qui les accompagne. Mais on peut aussi plus avantageusement s’interroger sur les fractures qui divisent la société polonaise et sur leur nature et leur cause. Ici comme ailleurs, on peut souligner les conséquences d’une mondialisation libérale qui laisse sur le bord de la route des pans entiers des sociétés européennes. Et on doit aussi constater l’incapacité de la gauche à se hisser au second tour de l’élection présidentielle, un phénomène qui n’est pas propre à la Pologne, la gauche paraissant de moins en moins à même de proposer une alternative « au marché débridé » tant vanté et promu par les partisans de l’Europe bruxelloise. Il est vrai que les sociaux-démocrates ont sacrifié beaucoup au nom de l’impératif européen et qu’aujourd’hui le roi est nu.
Pourtant, les victoires des « anti-européens » en Pologne et ailleurs ne doivent pas nous leurrer. Les politiques illibérales à la hongroise ou à la slovaque, les soutiens à l’hégémonisme russe ou aux délires trumpistes n’ont rien de rassénérant. L’arrivée de Slawomir Mentzen candidat antisystème, en troisième position lors du premier tour de la présidentielle, et la percée relative mais réelle d’un candidat ouvertement antisémite a de quoi inquiéter. Et si les jeunes se sont massivement mobilisés, nombre d’entre eux ont voté Mentzen. Même si le président élu partage la volonté de réarmer militairement le pays du gouvernement Tusk, et accepte le soutien à l’Ukraine, financier et militaire, l’avenir du gouvernement polonais s’annonce difficile. ■
Marc Sévrien..
Pologne : Un retour en arrière ?