Le 12 décembre 2023, Donald Tusk qui avait dirigé le gouvernement polonais de 2007 à 2014 et présidé le Conseil des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Européenne de 2014 à 2019, a été investi Président du Conseil par la Diète polonaise et a vu le lendemain son gouvernement obtenir le soutien de cette assemblée. Ce retour est le fruit de la défaite de la coalition gouvernementale conservatrice au pouvoir lors des élections législatives et sénatoriales du 15 octobre 2023. Certes, le PIS a obtenu le plus important score en termes de voix et de sièges ( 35,38 % des voix et 194 Sièges ) mais, même avec l’apport des 18 députés de la Coalition d’extrême droite dirigée par Krzysztof Bosak, il restait loin des 231 sièges nécessaires pour obtenir la majorité. Au contraire, l’union de la Coalition civique (PO) menée par Donald Tusk (30,70% des voix et 157 députés), de la Troisième voix de Wladyslaw Kosiniak-Kamysz et Szymon Holownia (14, 40 % des voix et 65 élus) et de La Gauche conduite par Wlodzimierz Czarzasky et Robert Biedron (8,61 % des voix et 26 sièges) a offert à ces trois mouvements coalisés une confortable majorité à la Diète. La nouvelle coalition gouvernementale a obtenu aussi 65 des 100 sièges du Sénat.
Ces élections ont été marquées par un fort taux de participation (74%) le plus fort depuis l’instauration de la démocratie en 1989. Il est même supérieur de 14 points à celui de 2019. Ce résultat est le fruit d’une forte mobilisation des femmes et des jeunes contre les lois sociétales votées par le précédent gouvernement de M. Morawiecki, tant sur l’avortement que sur la réforme de la justice ou le fonctionnement des médias publics. Il est aussi le fruit d’une volonté de rapprochement avec l’UE d’une partie de la population. Il est intéressant de constater que ce sont les parties septentrionale et occidentale du pays qui ont majoritairement voté pour les partis victorieux, c’est-à-dire celles qui sont au contact de l’Allemagne et de la mer du Nord, le poumon de l’UE.
Pour autant, les années à venir ne seront pas nécessairement faciles pour le nouveau gouvernement. Le Président de la République Andrej Duda, issu du PIS dispose d’un droit de veto législatif et il ne manquera certainement pas de s’en servir jusqu’en 2025, date de la fin de son mandat. Par ailleurs, le nouveau chef du gouvernement s’est engagé à maintenir la politique sociale généreuse mise en place par les précédents gouvernements du Pis, notamment en matière d’allocation familiale. Or, lors de son précédent passage au pouvoir, Donald Tusk n’a pas hésité à instaurer la retraite à 67 ans, à développer les contrats de travail précaires, l’orthodoxie budgétaire, les bas salaires : l’Europe sociale en somme.
Marc Sévrien.
Pologne : le triomphe de l’ambiguïté