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Royaliste n°1304 du 2 juillet 2025

Portugal : Une élection pour rien ?

Les Chemins du monde

mercredi 2 juillet 2025

Les élections législatives de 2025 confirment la stagnation des partis de gouvernement et la progression régulière de l’extrême-droite portugaise.

Le 18 mai 2025, les électeurs portugais ont pour la troisième fois en trois ans élu leurs députés. Le gouvernement de droite dirigé par Luis Montenegro a sollicité la confiance du Parlement le 11 mars après un début de scandale né de la publication d’un article dans le journal Correio da Manha le 11 février mettant en lumière un possible conflit d’intérêt concernant le Premier ministre en raison des activités d’une entreprise, Spinumviva, dont il est le propriétaire. Face aux soupçons, le chef de gouvernement prend la décision de passer à l’offensive et demande la confiance du Parlement, confiance qui lui est refusée. Dès lors il démissionne et, après réflexion, le Président de la République décide la dissolution de l’assemblée nationale et la convocation des électeurs pour le 18 mai. Nul doute que M. Montenegro à la tête d’un gouvernement minoritaire ne tenant que grâce à l’abstention des socialistes, a alors à l’esprit que le refus de la confiance entraînera la tenue d’élections aux allures de vote de confiance à sa personne.

Le Premier Ministre a-t-il été entendu ? A l’écouter, on pourrait le croire. « Le peuple souhaite ce gouvernement...et ce Premier ministre » a-t-il déclaré à l’annonce des résultats (1). On peut constater en effet que la coalition de droite au pouvoir constituée du PSD (Parti Social-Démocrate) et du CDS /PP (Centre Démocratique et Social/Parti Populaire) est de nouveau arrivée en tête avec 32,72 % des suffrages exprimés et 89 sièges soit neuf de plus que l’année précédente. On peut penser que l’augmentation du taux de participation (64,38 % des électeurs inscrits soit 4,48 points de plus qu’en 2024) résulte en partie du caractère plébiscitaire de l’élection et que ce sursaut de participation a profité au parti du Premier ministre et à ses alliés. La coalition gouvernementale n’en reste pas moins minoritaire. Le Parti Socialiste (PS) est l’autre grand perdant de la journée. Avec 23,38 % des voix et 58 sièges, le PS perd 20 sièges et plus de 5 points en termes de suffrages par rapport à 2024. Le soir même, le président du parti annonce sa démission et la convocation d’un congrès extraordinaire qui sera entre autres chargé de lui trouver un successeur.

Le grand vainqueur de cette élection est Chega (Assez) parti d’extrême-droite présidé par André Ventura qui obtient 22,56 % des suffrages exprimés et le même nombre de députés que les socialistes (58). Une situation idéale pour lui, car le PSD qui refuse de gouverner avec lui, ne peut compter que sur une abstention des socialistes pour faire passer ses textes. André Ventura pourra dès lors alléguer le fait qu’il est la véritable opposition au pouvoir en place. Mais la victoire de Chega, c’est d’abord la défaite des socialistes qui ne parviennent plus à paraître comme une alternative crédible à la droite libérale. Invoquer la disparition de la mémoire de la dictature ne suffit pas. L’absence de remise en cause des politiques de l’Union Européenne, le refus au nom d’un antiracisme en soit respectable, de toute remise en cause des politiques migratoires explique plus largement cette situation. Préférer la posture à l’explication ne fait guère avancer les choses alors que le Portugal a besoin de l’immigration. Cependant les frustrations des Portugais et plus particulièrement des jeunes face à la faiblesse du pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires pousse à l’expression de la colère qui trouve dans Chega un exutoire quand elle ne conduit pas de plus en plus de jeunes, en particulier les diplômés, sur les routes de l’exil. ■

Marc Sévrien.

(1). C. Deloy : « le centre-droit remporte de nouveau les élections législatives au Portugal sans avoir de majorité absolue », Fondation Robert Schuman, 18 mai 2025, p. 2.