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Royaliste n°1298 du 9 avril 2025

Programmation de l’énergie : une mauvaise copie

La Politique

mercredi 9 avril 2025

Après celle touchant le Programme National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), la polémique s’étend maintenant à la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Décidément, l’écologie a du souci à se faire, de nos jours !

Il faut dire que la PPE troisième du nom n’a pas eu de chance : son élaboration prévue dès 2022, n’a pas démarré avant 2024, car elle s’est retrouvée paralysée par les bouleversements dus à la guerre en Ukraine, suivis par les incohérences politiques qui ont émaillé 2024. Pour rattraper ce retard, il a donc fallu bâcler un texte à présenter en mars 2025 comme prévu, même si, durant cette période, la politique énergétique de la France a dû se passer de tout cadre sérieux et s’est fondée sur des bases obsolètes. Devant la levée de boucliers des partis face à cette caricature de programme, le gouvernement envisage de le faire adopter par décret sans le soumettre au Parlement.

Voilà qui crée une pagaille sans nom, dont il faut tenter de comprendre les raisons. De quoi s’agit-il ? Officiellement, « La PPE exprime les orientations et priorités d’action des pouvoirs publics pour la gestion de l’ensemble des formes d’énergie sur le territoire métropolitain continental, afin d’atteindre les objectifs de la politique énergétique » (des PPE régionales sont construites de leur côté pour les régions insulaire – Corse - et ultramarine). Il s’agit du document qui doit orienter toute la politique énergétique de la France pour les années qui viennent. La PPE doit aussi s’inscrire dans le cadre européen du « Fit for 55 », dont l’objectif est de réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030 ; et dans la stratégie nationale bas-carbone. Rappelons que 60 % de notre énergie (électricité incluse) provient encore d’énergies fossiles. La PPE comporte divers volets, entre autres la sécurité d’approvisionnement, l’amélioration de l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables, des réseaux, du stockage, de la transformation des énergies, la production locale d’énergie, la préservation du pouvoir d’achat, etc.

Cet état des lieux établi, il faut se demander sur quoi se fonde la bronca des parlementaires. En nous appuyant sur deux analyses récentes, celle du Haut-Commissariat pour le Climat et celle du courrier signé par 160 sénateurs (11 mars), nous pouvons en entrevoir les raisons principales.

Irréalisme et incohérences. - La première, c’est que les auteurs de la PPE3 ont oublié que la France est très différente des autres pays européens dans le domaine de l’énergie, du fait de sa politique nucléaire de longue haleine. l’Allemagne est de ce point de vue notre exact contraire depuis que la production nucléaire du pays est arrêtée. Malheureusement, c’est souvent la politique énergétique allemande qui sert de modèle en Europe. Il est vrai qu’en décembre 2023 l’énergie nucléaire a été reconnue comme une énergie propre (sans production de CO2). Mais ceci n’a pas empêché la politique européenne de favoriser « une très forte augmentation des énergie renouvelables intermittentes [ce que le nucléaire n’est pas] dont la capacité est multipliée par 2,7 à 3 fois pour l’éolien et 4,7 à 5,6 fois pour le solaire. La PPE est ainsi un copier-coller des scénarios « tout renouvelable » de l’ADEME (2), mais aussi du choix allemand que Bruxelles veut imposer à travers le Green Deal ».

Le deuxième point de divergence touche l’évaluation des besoins réels en énergie. Les projections faites par le PPE3, en particulier en termes de réindustrialisation et d’électrification du parc automobile, sont extrêmement ambitieuses, et la consommation se situe bien en-deçà des prévisions : une consommation actuelle autour de 450 TWh pour une production de 590 TWh, laquelle atteindrait près de 700 TWh à l’horizon 2035 (pour une consommation probable de 540 TWh). Il faut dire que la situation mondiale et l’incohérence de la politique française (3) n’incitent pas la population à changer ses habitudes. Or la seule façon d’atteindre ce niveau de production en si peu de temps passe par la construction massive de centrales à énergie renouvelable intermittente (ENRi), solaires et éoliennes, puisque les délais pour construire une centrale nucléaire sont supérieurs à 10 ans. Cela aboutira à une production intermittente d’énergie qu’il faudra alors tenter d’exporter, souvent à perte, puisqu’en général les pics de production sont synchrones dans tous les pays européens.

La troisième raison, c’est que ce choix imposé par des politiques énergétiques d’autres pays nous impose de facto « une décennie sans nouveau nucléaire » : en effet le « Green Deal » européen impose de porter à 42,5 % la part des ENRi d’ici 2030, ce qui implique que les investissements soient dirigés vers le solaire et l’éolien, au détriment des autres. Il faudrait que la France obtienne que ces 42,5 % incluent le nucléaire, ce qui impose des discussions sérieuses avec l’UE.

Plus généralement, ce qui ressort de cet épisode et de ces débats, c’est le désintérêt de plus en plus évident des responsables politiques face à la lutte contre le changement climatique. Nous avions vu en analysant le PNACC (1) que l’accent était mis maintenant sur l’adaptation aux bouleversements et non sur leur prévention. C’est que le monde financier a compris qu’il était bien plus juteux pour les affaires de laisser venir les difficultés et les destructions inéluctables plutôt que de les prévenir. La prévention en effet est coûteuse pour tous, alors que l’adaptation ne l’est que pour l’Etat, puisque les affaires profiteront largement des chantiers rendus nécessaires pour réaménager le territoire. Nous en avons la démonstration caricaturale ces jours-ci aux Etats-Unis : l’écologie n’est plus à l’ordre du jour. ■

François Gerlotto.

(1). Voir Royaliste n° 1297 du 26 mars 2025. (2). Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, devenue Agence de la transition écologique. (3). Voir l’article de Loïc de Bentzmann, dans ce numéro, sur la politique d’EDF.