Rappelez-vous ces images émouvantes des députés écossais quittant l’hémicycle du Parlement européen soutenus par les chants mélodieux des européistes patentés. Qui n’a pas vu Guy Verhofstadt chanter « ce n’est qu’un au revoir mes frères » ne peut pas comprendre ce qu’est le ridicule en politique. Pensez que la Commission Européenne sur son bâtiment de la capitale belge avait elle-même affiché ce slogan en lettres lumineuses. Mieux qu’une guirlande de Noël !!! On en rirait s’il ne s’était agi de rien de moins que d’une ingérence inqualifiable dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Et pourtant en 2014, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk avaient reçu fraichement Nicola Sturgeon qui venait de prendre la succession d’Alex Salmond, lui expliquant qu’ils ne négociaient qu’avec des chefs d’État ou de gouvernement et pas avec des chefs de région.
Or la débâcle actuelle du Scottish National Party sonne comme un désaveu cinglant des simagrées bruxelloises. Le Gouvernement écossais vient de perdre son deuxième First Minister en deux ans. Le 15 février 2023, Nicola Sturgeon démissionnait après neuf ans à la tête de l’exécutif écossais, alléguant une grande lassitude. Peu de temps après elle était arrêtée et interrogée par la police écossaise, celle-ci recherchant 700 000 de £ envolés, destinés à financer une future campagne référendaire. Relâchée au bout de sept heures d’interrogatoire elle n’en ressortait pas moins salie ainsi que son parti, ses proclamations d’innocence changeant peu à l’affaire. Le 29 avril 2024, son successeur Humza Yousaf démissionnait à son tour après la rupture de son alliance avec les Verts écossais. Il renonçait à l’objectif commun de diminution de 75 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Sans majorité parlementaire, il ne pouvait rester au pouvoir.
A cela vient s’ajouter des errements idéologiques, le parti flottant entre social-démocratie et conservatisme économique et s’imaginant compenser ses manquements par des projets de lois sociétaux, comme celui sur la transidentité qui divise le SNP lui-même. Un projet de nouveau référendum sur l’Écosse avorté, un chômage en hausse, une croissance en berne, des infrastructures en souffrance, un sectarisme clairement revendiqué et les sondages s’affolent et annoncent le retour des travaillistes au pouvoir à Édimbourg en 2026. Certes il reste encore deux ans, mais le nouveau leader du SNP, à la tête du gouvernement, devra faire des miracles pour remonter la pente. Dommage en un sens ? Le SNP avait tenté de construire un nationalisme ouvert et tolérant à l’égard de tous, le contraire du Vlaams Belang flamand. Mais l’ouverture aux autres ne dispense pas d’une colonne vertébrale doctrinale.
Marc Sévrien.
Royaume Uni : le naufrage du SNP