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Royaliste n°1301 du 21 mai 2025

Royaume-Uni : le phénomène Farage

Les Chemins du monde

mercredi 21 mai 2025

Les élections en Angleterre le 1er mai ont été marquées par l’affaiblissement des conservateurs et des travaillistes et par l’éclatement du paysage politique.

Le 1er mai dernier, les Anglais étaient appelés à renouveler 1600 sièges de conseillers locaux et à élire six maires et le remplaçant d’un député travailliste obligé de démissionner après avoir été condamné pour coups et blessures volontaires. L’attention des médias s’est particulièrement portée sur l’élection législative partielle qui s’est terminée par la victoire de la candidate du parti Reform UK de Nigel Farage. Celle-ci, Sarah Pochin, l’a emporté de six voix après recomptage sur son adversaire travailliste Karen Stone. La victoire du parti pro-Brexit classé à l’extrême droite a d’autant plus impressionné qu’en 2024 le parti travailliste l’avait emporté avec plus de 53% des suffrages, le parti de Nigel Farage n’en réunissant que 18% et que le Labour détenait la circonscription depuis plus de 50 ans. Reform UK compte donc désormais 5 députés aux Communes. Il peut aussi également se réjouir de ses excellents résultats aux élections locales puisqu’il obtient de tous les partis la plus forte progression en termes de sièges et qu’il est désormais majoritaire dans dix conseils. Il obtient la majorité de ses élus aux dépens des conservateurs. Attention cependant. Ce n’est pas la première fois que les partisans de Nigel Farage remportent un important succès à des élections européennes ou locales. Cela ne s’est jamais traduit ensuite par une percée aux élections législatives suivantes.

Ce scrutin confirme également la mauvaise santé du parti tory. Dans les territoires concernés par l’élection, il détenait 140 sièges en 2021, il n’en détient plus que 33. Visiblement le parti ne s’est pas remis de sa déroute de 2024. La droitisation de son discours ne lui permet pour l’instant pas de récupérer des électeurs dont nombre d’entre eux ont rejoint les troupes de Nigel Farage. Kemi Badenoch, le nouveau leader, ne brille pas pour l’instant par son charisme et son autorité. Elle doit de toute urgence mener un travail de rénovation programmatique et de renouvellement des cadres du parti conservateur. Lee parti travailliste de son côté n’a pas non plus de quoi pavoiser. En 2024, sa victoire aux Communes était la plus faible obtenue depuis la Seconde guerre mondiale et il avait même connu un recul en termes de voix par rapport à 2019. Cette fois-ci, il perd 200 sièges et n’agrège sur son nom que 20 % des votants. Il est important de noter qu’il recule tout particulièrement dans le nord de l’Angleterre, une région qui avait soutenu les conservateurs pour la première fois en 2019.

Il ne faut cependant pas tirer de leçons trop définitives de ces élections. Seule une petite partie de l’Angleterre était concernée et nombre d’électeurs ne se sont pas mobilisés. Au-delà de la victoire du parti de Nigel Farage, il faut noter aussi l’éparpillement du vote partisan. Les Libéraux-démocrates et les Verts ont réalisé eux aussi une percée significative sinon spectaculaire aux élections du 1er mai. De nombreux candidats sans étiquète ont été élus. Ce phénomène fait écho aux scores décevants des deux partis de gouvernement. Les prochaines élections aux Communes se dérouleront au plus tard en 2029. Au vu des enquêtes d’opinion et des derniers scrutins, il est possible qu’un gouvernement de coalition s’impose voire qu’il n’y ait pas de majorité claire aux Communes. Le Royaume-Uni romprait ainsi avec une tradition plus que centenaire et se rapprocherait de ce que l’on connaît en France et, dans une moindre mesure, en Allemagne. ■

Marc Sévrien.