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Royaliste n°1303 du 18 juin 2025

Sale temps pour les Verts

La Politique

mercredi 18 juin 2025

Homère revisité par Coluche. Depuis que Jupiter est un tout petit peu tombé de l’Olympe et se voit contraint de jouer les Neptune à Nice, les dieux s’amusent au gouvernement, et les lois « vertes » sont détricotées les unes après les autres. En voici une liste non exhaustive.

Commençons par les fameuses « zones à faible émission », les ZFE popularisées par la vignette Crit’air (on aime bien les jeux de mots chez les politiques, ça fait peuple), qui avait pour objectif de fermer les centres-villes aux voitures les plus polluantes. La suppression reste à confirmer lors du vote définitif de la loi : le Conseil constitutionnel pourrait la censurer, et Macron et le gouvernement sont contre. Pour justifiée qu’elle soit, son application était impopulaire et probablement impossible, puisqu’aucune politique de remplacement préalable n’avait été envisagée : les populations les plus concernées étaient celles qui justement n’avaient pas les moyens de remplacer leurs vieux diésels par de nouvelles voitures électriques au coût prohibitif. La ZFE est l’archétype de ce que l’extrême-droite nomme « une écologie punitive ».

Dossier iconique des écologistes, le chantier de l’autoroute A69, prévue pour désenclaver Castres, après avoir été autorisé, puis interdit, est de nouveau autorisé par la Cour d’Appel administrative de Toulouse. Le conflit oppose les tenants du développement économique régional qui considèrent que cette autoroute est indispensable au bassin industriel de Castres, largement sinistré par la mort de l’industrie textile, à ceux du respect de l’environnement, pour qui artificialiser des kilomètres carrés de territoire naturel pour faire gagner 20 minutes à un trajet n’a pas de sens. Ici aussi, le conflit reste ouvert et pourrait s’envenimer rapidement. Bien sûr, la cour d’appel ne statuera sur le fond qu’en 2026, une fois les travaux quasi terminés, et il est peu probable dans ces conditions que l’autorisation de finir ces travaux soit suspendue à nouveau : c’est l’application classique du fait accompli.

La prime à la rénovation des bâtiments, « MaPrimRenov » (encore un nom « communiquant » !) est suspendue, mais sans l’être tout en l’étant : on sait très bien qu’une fois suspendu, un tel projet de loi qui coûte cher au budget de l’Etat a très peu de chances d’être rouvert. Tout le monde s’accorde à dire qu’une telle prime est utile et qu’elle entre bien dans un projet planifié de protection de l’environnement, mais il est vrai qu’elle fait l’objet de multiples fraudes, et que dans une période d’économies elle semble facile à annuler.

La ré-autorisation d’épandages de pesticides (l’acétamipride en particulier) est inscrite dans la loi Duplomb, au grand dam des écologistes, de l’agriculture biologique et de la santé publique. Et d’Emmanuel Macron, qui « pousse un coup de gueule ». Cette autorisation, obtenue de haute lutte par la FNSEA, relance aussi la bataille des méga-bassines, et d’autres dossiers potentiels sur des décisions qui pourraient s’opposer aux gains de l’agro-industrie.

Enfin (au moins provisoirement), la France est embarquée dans le rejet par le Parti Populaire Européen du « Green Deal » (il n’y a pas que les jeux de mots, les anglicismes aussi sont bienvenus), dont on ne sait pas encore si ses objectifs pour 2030 seront maintenus, reculés ou simplement rejetés. Même s’il est vrai que ce plan est discutable, « l’objectif central du Green Deal est de faire de l’UE le premier continent neutre en carbone d’ici 2050 » : or sans plan ni volonté coordonnée des Etats, rien de sérieux ne se fera en écologie politique en Europe.

Où est « l’Etat stratège » ? Voici une liste impressionnante, et pourtant incomplète, car nombre de lois en principe en vigueur sont en fait largement contournées, ou rendues inapplicables : la loi "Climat et résilience" , qui avait imposé un objectif de « zéro artificialisation nette » (ZAN) à l’horizon de 2050 , sans être révoquée, n’est pas respectée, avec la complicité passive des administrations ; les aires marines protégées, chères à Macron, ne seront pas protégées, puisque les moyens nécessaires ne seront pas donnés à la Marine nationale ; etc.

Que tirer d’un tel bilan ? Il n’est évidemment pas question ici d’évaluer chacune de ces lois séparément, mais d’établir un constat global sur les motivations du gouvernement pour ce qui a trait à l’écologie politique.

La première constatation, c’est la stupéfiante incapacité de l’État à garder un cap. On navigue à vue, dans le court ou le très court terme, et les décisions sont prises dans la panique du moment. Même s’ils s’en gargarisent, le concept de planification est incompris de nos gouvernements.

La deuxième, c’est l’hypocrisie de notre président qui, n’étant plus aux commandes, accuse son gouvernement de toutes les tares, alors que tous les français ont vécu ses retournements incessants dans ce dossier écologique : la démission de Nicolas Hulot, l’abandon discret de l’accord de Paris de 2016, le rejet des conclusions de la convention citoyenne sur le climat, la « pause écologique », restent dans toutes les mémoires.

La troisième constatation, qui est la cause des précédentes, c’est la toute-puissance des lobbies, en particulier ceux de l’agro-industrie et de l’énergie, qui peuvent sans trop de difficultés pousser l’Etat à renier ses décisions si elle leur sont défavorables, ou à abonder dans leur sens sans aucune pudeur. La perte de crédibilité de l’Etat est totale, et les partis qui ont inventé le concept d’écologie punitive pour autoriser tous ces renoncements devront être jugés pour cela.

Mais la plus grave est tout simplement l’ignorance notre classe politique : elle n’a pas pris la mesure du changement climatique, dont les effets sont pourtant bien visibles. Sans rien comprendre, soit elle assène des décisions douloureuses à une population qui n’y a pas été préparée, soit elle considère l’écologie comme un luxe que l’on abandonne devant toute résistance. ■

François Gerlotto.