Accueil > Royaliste > Nos articles récents > « Les Chemins du monde » > Service inutile

Royaliste n°1266 du 20 novembre 2023

Service inutile

Les Chemins du monde

lundi 20 novembre 2023

Paris, capitale internationale, siège de conférences et sommets en tous genres : succès d’estrade de moins en moins crédible.

Comment agir quand on ne peut rien ? Comment faire tout en sachant que cela ne sert à rien ou presque ? Depuis le 7 octobre, le président Macron s’agite – après un départ lent et tardif, il agit dans l’urgence comme pour rattraper un temps perdu. Il doit se rendre à l’évidence : son avis compte peu, il lui est de plus en plus difficile de convaincre, d’entraîner les autres, ne serait-ce qu’accepter de se rendre à une invitation à Paris. Chacun de se défausser, de se faire représenter par un ambassadeur, d’où la présence désormais massive et disproportionnée à ces réunions des organisations non gouvernementales, de la myriade des organisations internationales, consultants et chercheurs. Ce fut le cas pour le forum de la paix devenu « Paris Peace Forum », créé lors du centenaire de l’armistice de 1918 qui avait connu un afflux incomparable de chefs d’État et de gouvernement. Ils sont rares cette année à s’être déplacés.

Rares aussi ceux qui au cours de la même semaine ont honoré de leur présence le « One Polar Summit » ou un sommet humanitaire convoqué à très bref délai pour coordonner l’acheminement de l’assistance alimentaire et sanitaire aux Gazaouis. Les effets d’annonce ne font pas oublier où se trouvent les vrais centres de décision. Pour ce qui concerne les pôles, l’Antarctique et l’Arctique sont gérés par des conseils établis par un traité (l’Antarctique) ou un voisinage (le Conseil de l’Arctique). La France est possessionnée selon les termes du traité qui figeait la situation de 1959 ; en revanche elle n’est pas une riveraine de l’Arctique et n’a donc jamais pu gagner un siège au Conseil. L’Inde a inventé le concept de « troisième pôle » à partir de l’Himalaya, mettant en avant l’importance des glaciers. La Suisse y a sans doute plus sa place que la France et ce « sommet » de Paris ne devrait pas être renouvelé.

Pour ce qui concerne l’aide humanitaire, il était plus facile de réunir les participants parmi les habituelles agences donneurs d’aide. Personne n’ignorait pourtant que le problème ne portait pas sur le montant de l’aide humanitaire mais sur l’accès des populations, c’est-à-dire les conditions de sécurité. Or là s’affichait ostensiblement l’impuissance de la communauté internationale, et tout particulièrement de l’Europe totalement hors-jeu. Bien entendu Israël n’était pas représenté, mais les pays arabes ne l’étaient qu’à un niveau subalterne. Il est vrai que Riyad au même moment réunissait successivement un sommet Afrique-Arabie saoudite et un sommet conjoint Ligue arabe (22 États)- Organisation de la Coopération islamique (OCI 54 membres). L’Europe au Moyen-Orient, ou la France pour ce qu’il lui reste de présence ou d’influence, a peut-être émis de brillantes idées mais il y a belle lurette qu’elle n’a pas de politique, ni israélienne, ni arabe, ni islamique, ni globale.

Dominique Decherf.