Le 1er juin dernier, à la surprise de nombre d’observateurs, le candidat soutenu par le PIS (Droit et Justice), Karol Nawrocki, l’a emporté au second tour de l’élection présidentielle polonaise avec 50,89 % des suffrages exprimés. Ce score extrêmement ténu a suscité immédiatement une vive réaction de la part des partisans du candidat du parti libéral PO (Plateforme citoyenne), candidat par ailleurs soutenu par le Premier Ministre Daniel Tusk ancien Président du Conseil européen. Il avait expliqué qu’en raison du droit de veto législatif dont bénéficiait le chef de l’État polonais, il lui était indispensable pour mener son action de travailler avec un Président de la République issu du même bord politique que lui. Cette victoire au forceps ne pouvait s’expliquait pour les libéraux que par la désinformation et la stratégie d’influence menée par la Russie. Pas moins de 56 000 recours ont été déposés devant la Cour Suprême de Pologne en vue d’obtenir l’annulation du scrutin. Pourtant, le 1er juillet, la Cour Suprême a validé le résultat au motif que le candidat arrivé en tête avait obtenu plus de voix que son adversaire libéral sans aucune contestation possible. Or on sait que la Cour Suprême avait été soigneusement phagocytée par le PIS. Le ministre de la justice Adam Bodner libéral et procureur général devant la cour dénonça un examen de façade des plaintes déposées par une Cour dont la justice européenne et de nombreux experts dénonçaient la partialité. Face à un risque de crise politique majeure, le Président du Parlement Szymon Holownia a refusé tout report de la prestation de serment du Président élu qui a effectivement eut lieu le 6 août.
La crise politique roumaine née de l’annulation du premier tour de l’élection présidentielle de décembre 2024 semble provisoirement réglée malgré le mécontentement d’une bonne partie des observateurs et de la population du pays. L’élection de Nicusor Dan à la présidence du pays au mois de mai suivant manifestait le rejet par une majorité d’électeurs des partis traditionnels. Or le nouveau président a nommé un gouvernement regroupant quatre partis proeuropéens allant de la droite à la gauche social-démocrate. Ce gouvernement a été investi par le Parlement roumain le 24 juin. Mais on trouve dans la coalition gouvernementale les partis qui ont été rejetés par les électeurs roumains. Cette nouvelle équipe ministérielle a mis en route une politique d’austérité exigée par la Commission de Bruxelles afin de résorber les déficits publics, politique contestée par la population avec notamment une hausse de la TVA passant de 9 à 19 % dans le secteur du tourisme et dans celui des manuels scolaires et des livres, et passant de 5 à 9 % sur les jeux de hasard, l’énergie et le bois de chauffage. Sans oublier le passage de l’âge à la retraite à 65 ans.
La Moldavie enfin est sous les feux des projecteurs. Le 28 septembre prochain, s’y tiendront des élections législatives. Le parti au pouvoir, soutien de la Présidente Maïa Sandu pro-européenne, est menacé de perdre sa majorité. Le 27 août, le président français, le chancelier allemand et le Premier Ministre polonais puis les 4 et 5 septembre Marta Kos commissaire européen à l’élargissement se sont rendu à Chisinau pour soutenir Maïa Sandu et condamner les indéniables ingérences russes dans le processus électoral. Celles-ci ont cependant l’avantage d’offrir aux européistes une explication simple en cas de défaite éventuelle. Reste un pays fracturé et divisé dans un cadre régional explosif. ■
Marc Sévrien.
Tourmentes européennes