Sur le plan interne, les relations avec le Danemark dont le Groenland est une province autonome ne sont pas des plus sereines. Le 8 février 2025 , a été diffusé au centre culturel de Nuuk puis sur la chaîne de télévision danoise DR un documentaire intitulé L’Or blanc, expliquant comment le Danemark s’est fortement enrichi et a assuré son développement industriel par l’exploitation d’un gisement de cryolite entre 1854 et 1987 qui aurait rapporté 54 milliards d’euros à l’État danois et à l’entreprise chargée de l’exploiter, le territoire groenlandais ne percevant que les miettes de cette manne. Le Premier ministre a alors déclaré que ce documentaire montrait que le Groenland n’était pas une charge pour le Danemark, mais bien une poule aux œufs d’or largement exploitée par la puissance de tutelle. A cela sont venus s’ajouter des éléments statistiques des plus inquiétants. Un taux de suicide des adultes parmi les plus importants du monde, une chute de la démographie inquiétante, des inégalités sociales criantes et en cours d’aggravation, une économie atone, un Etat danois impuissant bien qu’assurant la moitié des recettes budgétaires du territoire. Des problèmes cruciaux pourtant laissés au second plan dans la campagne électorale au profit de la question de l’indépendance.
Les gesticulations de l’administration américaine, revendiquant le Groenland et proclamant haut et fort la faillite du Danemark y ont contribué et ont provoqué une crise diplomatique majeure entre ce pays, l’Union Européenne et les Etats-Unis dans un contexte international déjà bien chargé, auquel viennent s’ajouter les ambitions de la Chine de la Russie et des Etats-Unis sur les ressources minières d’un territoire situé sur une route commerciale majeure en devenir du fait du réchauffement climatique. Les différents gouvernements des Etats-membres de l’UE de leur côté manifesté leur soutien à un gouvernement danois déterminé à défendre l’intégrité territoriale du Danemark, Groenland compris. Le Président Macron a même proposé d’y déployer des soldats français aux côtés de troupes d’autres Etats-membres de l’UE.
C’est dans ce contexte qu’appelés aux urnes les Groenlandais ont répondus présent à plus de 70 % soit une progression de 5 points par rapport à 2021. Le système partisan local est assez complexe car à un axe droite/gauche classique, il faut ajouter un axe Indépendantiste/ non indépendantiste, voire un axe indépendantisme à court terme/ indépendantisme à long terme. Les sirènes de l’indépendantisme pro-Trump portées par le parti Naleraq ont suscité l’approbation de 25 % des votants soit une progression de plus de douze points par rapport aux élections de 2021 pour ce parti. Quant au gouvernement en place et à la coalition qui le soutenait, ils ont subi eux un net revers. Ainsi le parti de gauche Inuit Ataqatigiit (IA) voit son score reculer de plus de 15 points par rapport à 2021, et le parti social-démocrate Siumut lui en a perdu plus de 14. Le parti social-libéral, Les Démocrates, issu de l’opposition, de son côté, multiplie son score par trois par rapport aux élections de 2021 avec 30, 26 % des suffrages exprimés. Fort de ce bon résultat, le leader du parti, Jens Frederik Nielsen, a été porté le 27 mars 2025 à la tête d’un nouveau gouvernement qui regroupe tous les partis représentés au Parlement à l’exception de Naleraq, le parti pro-Trump. L’union avec le Danemark en sort provisoirement renforcée mais les graves problèmes qui touchent le Groenland auront été fort peu évoqués dans la campagne électorale. ■
Marc Sévrien.
Turbulences groenlandaises