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Royaliste n°1295 du 26 février 2025

Une nouvelle CED ? Sans la France !

La Politique

mercredi 26 février 2025

Les diktats de Trump ont fait exploser les faux-semblants, en premier lieu le mythe de la « défense européenne ».. Les yeux et les bouches s’ouvrent. Nicolas Baverez parlait récemment de nouvelle CED. La CED, cela ne vous rappelle rien ? Le projet de communauté européenne de défense, qui empoisonna la vie politique française pendant les années 50. L’opposition des gaullistes le fit capoter. L’Allemagne le fait aujourd’hui renaître.

17 février, réunion de Paris sur la guerre en Ukraine. L’initiative française, contrôlée par l’UE et l’Otan, ne pouvait aboutir à rien.

Que veut imposer Trump ? Une mise au pas de l’Ukraine, garantie par le déploiement de troupes « européennes et non-européennes », munies d’un mandat de type onusien (en cas d’affrontement, faire un rapport) sans l’ONU, candidate naturelle à ce type d’action mais honnie par Trump. Un déploiement qui, si l’on envisageait les 200.000 hommes demandés par Zelenski, absorberait les forces combattantes de l’ensemble de armées d’Europe. Sans aucune garantie réelle. Imaginons un réveil du conflit, l’attitude des troupes chinoises, et les forces occidentales priées par Washington de rester l’arme au pied.

Trump demande un effort budgétaire énorme aux alliés européens, pour acheter américain, sans véritable garantie américaine, avec une mainmise maintenue des États-Unis sur l’OTAN. L’objectif est de geler le théâtre européen, au profit du partage du monde entre Poutine et Trump. Limiter en cas d’attaque les combats au lieu choisi par Poutine, négocier avec lui sans les alliés, lui concéder une autre conquête et inviter les Européens à s’incliner. Le président Macron a invité les Européens dotés d’une armée apte au combat à se réunir à Paris. On peut saluer le fait que le Royaume-Uni, seul autre État nucléaire et non membre de l’Union Européenne, ait été associé. Nous verrons que ce « sommet » dont les décisions n’ont pas été publiées n’écarte pas problèmes et périls.

La situation stratégique. - Comme le soulignait récemment le groupe de réflexion Mars, la frontière entre le « monde russe » et l’Europe mesure désormais plus de 3.000 kilomètres, que l’incurie des Occidentaux dans les dernières décennies ne permet pas de couvrir sérieusement. Si Poutine veut mettre en œuvre son intention maintes fois déclarée de revenir aux frontières de l’ex-URSS, il a le choix du lieu et du moment. La doctrine russe, héritée de l’URSS, est d’exercer en même temps une pression très forte sur un ou plusieurs pays occidentaux pour les inciter à se tenir à l’écart. La pire des réponses serait de limiter le conflit à la zone attaquée, où l’adversaire aurait concentré ses forces. C’est la défaite assurée.

A quoi sert l’OTAN ? - L’OTAN nous apporte un système de commandement et de communication indispensable, mais aussi une chaîne de commandement dominée par les États-Unis. Les États européens peuvent-ils jouer sans l’Amérique ? Difficile. La législation américaine interdit l’usage des armements comportant des composants américains sans l’accord de Washington. Et les armes nucléaires opérées par les Alliés (y compris les missiles stratégiques britanniques) sont sous double clé. Impuissance assurée sans le feu vert américain. Un encouragement pour ceux de nos alliés qui prétendraient partager la décision sur les seuls armements nucléaires qui ne dépendraient pas des Américains, les nôtres.

Défense européenne, le piège mortel. - Il n’y a, sur le fond, aucune raison pour qu’un ensemble de nations dont bon nombre ont chacune un PIB équivalent à celui de la Russie tremble devant M. Poutine. Encore faudrait-il qu’elles se donnent les moyens d’agir. 3% du PIB rééquilibreraient largement la situation. 5%, réclamés par Trump, nous permettraient de nous passer de l’Amérique, si nous avions la maîtrise des opérations. Mais l’insistance mise par M. Macron à insérer notre défense dans la construction européenne organise la catastrophe prédictible. Certes les traités imposent à tous les États de venir à la rescousse d’un État membre attaqué. Mais la règle de l’unanimité prévaut quand il s’agit de monter une opération européenne, et l’Europe est profondément divisée face à la Russie de Poutine, qui compte un nombre croissant d’amis voire d’agents.

Ce qui prévaut aujourd’hui, au-delà d’un soutien de la Commission à l’industrie de défense qui met en danger notre propre base industrielle et qui n’a pas fait la preuve de sa capacité à armer l’Ukraine, c’est la volonté de la Commission et de l’Allemagne de prendre le pouvoir. On a vu récemment le probable futur chancelier allemand reprocher à l’actuel d’avoir laissé agir Macron alors que c’est l’Allemagne qui aurait dû diriger. La proposition de Mme von der Leyen de ne pas compter les déficits issus de dépenses de défense au-delà de 2% du PIB est intéressante, mais c’est un élément de plus pour asseoir le pouvoir de la Commission.

Pour une autonomie dans la solidarité. - La première urgence, et d’abord pour notre pays, est d’armer, et donc de réviser la loi de programmation budgétaire, en privilégiant la remise à niveau de notre force de combat aérien, la plus susceptible d’intervenir sur l’ensemble de l’Europe. Puis, dans l’intérêt de tous les États libres, de réaffirmer que l’Union n’a pas de compétence en matière de défense, et que sa politique industrielle doit respecter cette règle. De réunir les États prêts à s’engager, pour mettre en place une force de réaction aéroterrestre susceptible d’intervenir, non seulement sur le lieu d’une éventuelle attaque mais là où cela nuira le plus à l’ennemi. De se préparer à contrer des actions de sabotage ou de subversion sur notre propre territoire, et des attaques de missiles sur des lieux ou des cités emblématiques, sous peine d’avoir à reconstruire à nouveau Saint-Malo ou Notre-Dame...

Conserver notre liberté d’action, être solidaires sans être ligotés par des alliés dont les intérêts ne sont pas les nôtres, refuser d’être liés par une bureaucratie qui rend nos actions trop prévisibles , telle est sans doute la seule voie pour écarter la guerre. ■

Eric Cézembre.