Les élections présidentielles et législatives taïwanaises du 13 janvier ont ceci de particulier qu’elles ne comportent ni vainqueur ni vaincu. Le Parti Démocrate Progressiste peut en effet se réjouir de remporter pour la troisième fois consécutive l’élection présidentielle, une première depuis 1996. Pour autant, le ticket progressiste Lai Ching-te / Hsiao Bi-khim n’obtient à la présidentielle que 40,2 % des suffrages exprimés contre 57 % à madame Tsai Ing-wen en 2020. Par ailleurs le DPP perd la majorité au Parlement en étant certes le premier parti en voix mais en n’obtenant que 51 sièges soit 10 de moins qu’en 2020, en dessous du chiffre nécessaire (57) pour obtenir la majorité à l’assemblée unique du Parlement. Le Guomindang, grand rival historique du Parti Communiste Chinois et à l’origine du repli de la République de Chine sur Taiwan en 1949 perd pour la troisième fois consécutive l’élection présidentielle. Son ticket Hu Yu-ih / Jaw Shaw-kong n’obtient que 33,49% des voix mais est le premier parti au parlement taiwanais avec 52 sièges soit 14 de plus qu’en 2020. Il n’a cependant pas la majorité. Reste le Parti populaire taiwanais dont le ticket Ko Wen-je/ Cynthia Wu obtient 26, 46% des voix et qui tout en n’obtenant que 8 sièges au Parlement devient malgré tout un faiseur de roi. Le nouveau président devra donc passer des alliances s’il veut gouverner. Reste à savoir avec qui.
La peur d’une épreuve de force avec la Chine n’a donc pas fonctionné. Les trois candidats à la présidentielle étaient d’ailleurs pratiquement sur la même ligne, refusant la remise en cause du statu quo actuel, même si les candidats d’opposition ne fermaient pas totalement la porte à des discussions avec la Chine en vue d’une amélioration des relations bilatérales. L’administration Biden de son côté allait dans le même sens rappelant qu’elle ne reconnaissait qu’une seule Chine et appelant les deux parties à la discussion.
La question chinoise n’a pourtant pas été la seule préoccupation des électeurs selon les enquêtes d’opinion. L’inflation, notamment dans le domaine de l’énergie, la crise du logement ont été des sujets essentiels et les Progressistes doivent largement à leur faiblesse dans ces domaines leur recul électoral.
La question identitaire a fait aussi l’objet de débats, certains au Guomindang s’inquiétant que les grands classiques chinois et l’histoire de la Chine aient de moins en mois de place dans l’enseignement. Les jeunes il est vrai, se sentent de moins en moins liés à Pékin et regardent de plus en plus vers l’Asie et le Pacifique. Ils sont largement à l’origine du bon score du Parti Populaire et aspirent à dépasser les querelles entre les deux frères ennemis de la scène politique taïwanaise. Vaste défi.
Marc Sévrien.
Une nouvelle configuration politique à Taïwan