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Royaliste n°1295 du 26 février 2025

Une révolution conservatrice à la belge ?

Les Chemins du monde

mercredi 26 février 2025

Le nouveau gouvernement belge, fortement ancré à droite, veut entamer une révolution libérale. Au rebours de l’Histoire récente ?

Il a fallu six mois à la Belgique pour se doter d’un nouveau gouvernement, six mois pour accoucher d’une coalition qui s’était d’emblée imposée comme la plus probable après les élections législatives du 9 juin 2024 : la coalition Arizona regroupant les deux partis de la droite francophone, le Mouvement Réformateur (MR) et les Engagés, le parti chrétien-démocrate flamand (CD&V) et les nationalistes de la N-VA dont le leader Bart de Wever a été le chef d’orchestre des négociations depuis le mois de juin sans oublier les socialistes flamands, caution de gauche d’un gouvernement de droite. Chaque parti obtient une vice-présidence. Sur quinze ministres seules quatre femmes siègent au gouvernement et aucune n’a le statut de vice-premier ministre.

Deux partis de droite flamands sont restés sur la touche : l’Open VLD, parti libéral flamand qui a décidé de s’imposer une cure d’opposition dans l’espoir de se renouveler d’ici aux prochaines élections fédérales et le Vlaams Belang, l’autre parti nationaliste qui attend les faux-pas du leader de la N-VA pour hurler à la trahison de la cause nationaliste flamande. La gauche wallonne constitue le fer de lance de l’opposition au gouvernement. A noter cependant que Georges-Louis Bouchez, président du MR (libéral wallon) n’est pas entré au gouvernement alors que le ministère de l’intérieur lui était proposé, préférant rester président de son parti. Or, lorsque l’on nourrit les plus hautes ambitions, il faut à un moment donné accepter de « monter au front ».

Mais quel est le projet de cette nouvelle équipe ? C’est une petite révolution que le gouvernement belge entend mener qui, aux dires du chef de gouvernement, prendra au moins dix ans. En fait la politique préconisée ressemble largement aux politiques préconisées par les droites européennes. Parmi le train des mesures proposées, notons une périodisation plus courte de l’indemnisation du chômage avec une décroissance plus rapide du montant des indemnités, même si au départ il sera plus élevé qu’aujourd’hui et la fin de l’interdiction du travail de nuit et le dimanche. On veut responsabiliser les acteurs sociaux et le milieu médical pour remettre au travail le plus tôt possible les chômeurs et les malades de longue durée. La législation sur les retraites doit revenir sur les avantages des fonctionnaires et en particulier des militaires. On durcira les critères d’évaluation du travail effectif pour le calcul des trimestres.

Sur le plan fiscal, on plafonnera les cotisations sociales des employeurs pour les bas et moyens salaires, une baisse de l’impôt des personnes physiques et une contribution des personnes aux « épaules plus larges » grâce à une taxe de 10 % des plus-values d’actifs financiers. Les manifestations du 13 février, témoignent d’une peur d’une précarisation accrue des salariés et d’une baisse des moyens humains et financiers des services sociaux.

Enfin, si les ambitions écologiques de la Belgique demeurent inchangées, elles ne doivent pas être réalisées aux dépens de la croissance économique et l’énergie nucléaire est remise à l’honneur. Si le budget de la Défense est revalorisé, il reste loin des exigences américaines en part de PIB. Reste la question institutionnelle. Si la suppression du Sénat est actée, posant le problème de la représentation des germanophones à l’échelon fédéral, on veut renforcer les compétences des régions en matière de politique étrangère, tout en favorisant la coopération entre les échelons dans le domaine économique. Peu de choses en apparence mais le diable peu se loger dans les détails. ■

Marc Sévrien.