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Royaliste n°1321 du 8 avril 2026

L’UE et le nucléaire : histoire d’un sabotage

La Nation française

mercredi 8 avril 2026

En reconnaissant l’erreur stratégique de l’abandon du nucléaire, Ursula von der Leyen met en lumière des décennies d’influences idéologiques, de jeux d’intérêts et de renoncements politiques aux conséquences majeures.

Ursula von der Leyen, au Sommet de l’énergie nucléaire, à Boulogne-Billancourt, le 10 mars.

Lorsque Ursula von der Leyen admet publiquement que la réduction du nucléaire en Europe fut une « erreur stratégique », elle ne corrige pas une simple trajectoire énergétique : elle révèle un échec politique majeur. Car cet aveu tardif entérine des choix lourds de conséquences, pris en toute connaissance de cause. Ils résultent d’une idéologie néolibérale dévastatrice, de l’influence de l’Allemagne et d’intérêts multiples, au détriment de la souveraineté énergétique des états nations, dont la France est la première victime.

Le rôle déterminant des lobbys antinucléaires. ― La marginalisation du nucléaire en Europe n’est pas le fruit du hasard ni d’une simple erreur d’appréciation. Elle résulte d’un travail de sape mené pendant des décennies par des réseaux d’influence puissants. ONG écologistes, acteurs des énergies renouvelables et intérêts industriels concurrents ont contribué à installer un récit hostile à l’atome.

Selon l’analyse développée par Pierre-Marie Meunier, chercheur associé à l’IEGA, cette évolution relève d’une stratégie organisée : certains lobbys avaient « beaucoup à y gagner » en affaiblissant une énergie pilotable et compétitive comme le nucléaire. Le résultat est connu : une chute spectaculaire de la part du nucléaire dans le mix énergétique européen, passée d’environ un tiers en 1990 à près de 15 % aujourd’hui. Cette transformation n’a pas seulement modifié le paysage énergétique, elle a accru la dépendance de l’Europe aux importations d’énergies fossiles, exposant le continent aux chocs géopolitiques. En cédant à ces pressions idéologiques et économiques, les institutions européennes ont sacrifié une filière stratégique au profit d’un modèle énergétique instable, largement tributaire des conditions climatiques et des marchés internationaux.

L’Allemagne, chef d’orchestre du démantèlement. ― Au cœur de cette orientation, l’Allemagne a joué un rôle déterminant. Depuis la décision prise après Fukushima de sortir du nucléaire, Berlin a imposé sa vision à l’ensemble du continent. Or, Ursula von der Leyen n’est pas une observatrice extérieure de cette politique. Membre du gouvernement d’Angela Merkel au moment du tournant antinucléaire, elle a accompagné cette stratégie avant de la prolonger à la tête de la Commission européenne. Sous son mandat, les orientations énergétiques européennes ont largement intégré les priorités allemandes : promotion massive des renouvelables, mise en concurrence du nucléaire avec le gaz, et encadrement réglementaire défavorable à l’atome. Le paradoxe est aujourd’hui manifeste. Alors même que la présidente de la Commission reconnaît l’erreur stratégique, l’Allemagne persiste dans son refus du nucléaire, considérant sa sortie comme « irréversible ». Ce double discours souligne une réalité politique : l’Europe énergétique s’est construite sous influence allemande afin de détruire les intérêts industriels français, notamment ceux de la filière nucléaire. Contrairement aux dirigeants de l’Hexagone qui n’ont jamais compris ce qu’est véritablement l’UE, l’Allemagne a toujours menée des politiques économiques ultra agressives dans le jeu de « la concurrence libre et non-faussée ».

La responsabilité des dirigeants français. ― En effet, ce constat serait incomplet sans évoquer la responsabilité des gouvernements français. Car si l’influence allemande fut déterminante, elle n’aurait jamais pu s’imposer sans la passivité, voire la complaisance, des dirigeants nationaux. Depuis plus de vingt ans, la France a progressivement affaibli son propre modèle énergétique : fermetures de centrales, retard dans les investissements, incertitudes réglementaires. Ce mouvement s’est souvent inscrit dans une logique d’alignement sur les orientations européennes, sans réelle défense des intérêts nationaux. Ce renoncement est d’autant plus frappant que la France disposait d’un avantage unique en Europe, fondé sur une électricité abondante, décarbonée et compétitive. En laissant se déliter cette filière, les responsables politiques ont contribué à fragiliser la souveraineté énergétique du pays.

L’aveu d’Ursula von der Leyen agit ainsi comme un révélateur : il met en lumière non seulement les erreurs de Bruxelles, mais aussi celles de Paris. L’absence de stratégie, le manque de vision industrielle et la soumission aux arbitrages européens ont conduit à une situation où la France subit désormais les conséquences de choix qu’elle n’a pas su empêcher.

Au final, ce mea culpa tardif ne saurait effacer les responsabilités. Derrière l’erreur stratégique reconnue se dessine une chaîne de décisions politiques, d’influences idéologiques et de renoncements nationaux. L’histoire du nucléaire européen apparaît ainsi moins comme une faute isolée que comme le symptôme d’une gouvernance défaillante — dont Ursula von der Leyen demeure l’un des visages les plus emblématiques

Aymeric Daran.