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Royaliste n°1322 du 22 avril 2026

Bull : la renaissance

La Nation française

mercredi 22 avril 2026

Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a annoncé fin mars l’acquisition par l’État de l’intégralité du capital de Bull auprès d’Atos Group.

▲ Bull assemble des supercalculateurs dans son usine d’Angers.

À plusieurs reprises, nous avons traité dans Royaliste (1) du dossier du groupe Atos et de l’importance stratégique de ce dossier en critiquant sévèrement les carences de sa gestion économique par son ancien PDG, Thierry Breton, qui avait mis ce groupe en quasi-faillite avant de le quitter en 2019. Le 26 mai 2024, des parlementaires publiaient une tribune commune transpartisane appelant « tous les acteurs publics et économiques à maintenir Atos sous pavillon français pour protéger notre autonomie stratégique. Atos doit rester française, entière, indépendante  ».

Inspiré par cet appel, le gouvernement a signé en juillet 2025 avec Atos Group un accord visant à la reprise intégral de Bull. L’État vient de parfaire celui-ci en acquérant la totalité du capital de Bull. C’est une excellente nouvelle pour la souveraineté stratégique et industrielle de la France.

Entreprise historique du secteur fondée en 1930, nationalisée en 1982, privatisée en 1994, absorbée par Atos en 2014, puis quasiment engloutie dans le chaos financier du groupe dix ans plus tard, Bull est malgré tout devenue ces dernières années un acteur de référence dans la conception et la fabrication de supercalculateurs et de serveurs haute performance mais également de serveurs d’entreprise, de solutions logicielles et d’innovations en informatique quantique. Elle n’est pas une entreprise moribonde : avec 720 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, plus de 3000 collaborateurs, elle exerce une activité rentable. Elle dispose par ailleurs de la seule usine de supercalculateurs d’Europe, située à Angers. Seul site européen capable d’assembler des supercalculateurs, cette usine est le pivot industriel d’une filière qui n’a pas d’équivalent sur le continent.

Les supercalculateurs qui y sont fabriqués répondent aux besoins les plus exigeants de la défense nationale et de notre dissuasion nucléaire, de la gestion des centrales nucléaires, de l’industrie, de la recherche fondamentale et représentent également une capacité indispensable à l’entraînement et au déploiement des modèles d’intelligence artificielle (IA). Ils sont mondialement reconnus pour leur performance et leur efficacité énergétique, deux critères déterminants pour l’entraînement de grands modèles d’IA.

Bull vient de brillamment réussir la livraison, à Jülich en Allemagne, du supercalculateur JUPITER, dans le cadre du programme européen EuroHPC, le programme continental doté de 7 milliards d’euros pour développer une infrastructure commune de supercalculateurs (l’entreprise a remporté huit des dix contrats EuroHPC), et place ainsi la France à la pointe de la recherche et de l’innovation. Elle participe également à la construction d’Alice Recoque, prochain supercalculateur français, qui renforcera les capacités nationales en simulation, en intelligence artificielle et en traitement de données massives, au service de la souveraineté technologique. La demande en capacités de calcul intensif explosant sous l’effet de l’intelligence artificielle générative, les supercalculateurs Bull répondent précisément à ce besoin, avec une réputation établie en matière d’efficacité énergétique, critère devenu central dans les appels d’offres européens.

L’entreprise a donc l’excellence des savoir-faire, le carnet de commandes et l’actionnaire public. Souhaitons que la volonté politique qui a permis cette reprise ne soit pas qu’un simple feu de paille. ■

Loïc de Bentzmann.

(1). Royaliste n° 1278, 1280 et 1316