L’affaire paraît dérisoire. Elle ne l’est pas. La mairie de Paris avait décidé de refaire des plaques commémorant d’anciens conseillers et présidents de Paris en utilisant l’écriture inclusive : conseiller.e.s et président.e.s. L’association Francophonie Avenir avait demandé que les plaques soient de nouveau gravées selon les règles de la grammaire française qui ne prévoient pas de points médians. Selon l’association, l’usage de l’écriture inclusive est une prise de position politique contraire à la neutralité du service public.
La mairie de Paris ayant refusé de reconnaître la pertinence des arguments de l’association, l’affaire a été portée devant la justice administrative et le Conseil d’État a estimé le 31 décembre dernier que la graphie utilisée n’avait pas de signification politique ou idéologique. Tel n’est pas l’avis de l’Académie française, qui avance ses propres arguments juridiques. Il est vrai que la loi du 4 août 1994 dispose que la langue française est un élément fondamental du patrimoine national. Or l’imposition de points médians est un acte arbitraire qui porte atteinte à la compréhension de la langue française et qui nuit à son apprentissage.
Le caractère nuisible de l’écriture inclusive a d’ailleurs été reconnu par l’État, qui a interdit son usage dans les actes administratifs par une circulaire publiée en mai 2021. Cette interdiction est justifiée. Ce sont des groupes ultra-féministes qui tentent de modifier la grammaire en affirmant qu’elle souligne la domination du masculin sur le féminin. Tel n’est pas le cas. Le masculin remplace la forme neutre inexistante en français. Il s’applique aux hommes comme aux femmes, surtout dans l’exercice d’une fonction publique, contrairement au mauvais usage qui se répand : on dit madame le juge parce que la justice est rendue sans égard pour le sexe du magistrat. La distribution des genres masculin et féminin est quant à elle aléatoire dans notre langue comme dans les autres. Un homme peut être la victime d’un accident, un soldat peut être posté en sentinelle… Ces observations n’excluent pas la féminisation de divers métiers.
Il est regrettable que le Conseil d’État sacrifie à une mode qui porte en elle un paradoxe : l’utilisation de l’écriture inclusive est un marqueur idéologique qui pousse à l’exclusion puisqu’elle complexifie de manière absurde une langue difficile à apprendre et rendue, de surcroît, illisible. ■
Claudine Uzerche.
La bataille contre l’écriture inclusive