Accueil > Le bimensuel Royaliste > Nos articles récents > La Nation française > Arcelor Mittal

Royaliste n°1300 du 7 mai 2025

Arcelor Mittal

La Nation française

mercredi 7 mai 2025

La sidérurgie européenne – et donc française – est en crise et si les récentes décisions protectionnistes de Donald Trump viennent accentuer celle-ci, elles n’en sont pas la cause.

Au total en Europe occidentale, ce sont entre 1250 et 1400 postes qui sont concernés dans les fonctions non directement liées à la production d’acier qui seront transférés en Inde ou en Pologne. « Cette décision difficile à prendre s’explique par un contexte global difficile depuis plusieurs années pour l’industrie de l’acier en Europe » a déclaré le nouveau directeur général d’Arcelor-Mittal France, Bruno Ribo. Les 600 suppressions de postes français concerne les 7 sites de Dunkerque (59), Florange (57), Basse-Indre (44), Mardyck (59), Mouzon (16), Desvres (62) et Montataire (60) et elles toucheront pour les 2/3 la production et pour un tiers les fonctions support (marketing, commercial, etc.). Quelques mois avant l’annonce de Donald Trump sur les tarifs douaniers, le groupe allemand Thyssenkrupp avait de son côté annoncé son intention de supprimer 11.000 emplois en Allemagne.

Selon le président d’Arcelor-Mittal France, Alain Le Grix de la Salle, « la sidérurgie en Europe est entrée dans une crise importante et grave. L’acier européen est menacé par le coût trop important de l’énergie sur le Vieux Continent, par la surproduction chinoise, le niveau élevé d’importations à bas coût et le manque de demande intérieure » avait-il dit devant les députés français le 22 janvier. « Les sites, quels qu’ils soient, sont tous à risque en Europe. Aucun de la cinquantaine de hauts fourneaux européens ne tourne à plein régime. »

Pour répondre au dumping chinois (mais aussi aux importations à bas prix d’Inde depuis des sites appartenant à … Arcelor-Mittal), la Commission européenne a présenté, le 20 mars, un plan de défense qui prévoit notamment de réduire de 15% les importations d’acier en révisant la clause de sauvegarde au 1er avril par une taxation des importations excédant des quotas spécifiques attribués aux grands pays fournisseurs.

« Les sidérurgistes européens sont à la croisée des chemins », assurait la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, le 25 février, en promettant un plan pour « aider ce secteur à se décarboner et à prospérer à l’échelle mondiale ». Nous voilà grandement rassurés….

Et pourtant, Arcelor-Mittal France, dont l’activité est particulièrement énergivore, profite largement d’aides sur le sujet : 195 millions d’euros en 2023 sur les 298 millions perçus de l’État. « Cela inclut 101 millions d’euros d’exemptions et taux réduits sur les taxes électricité et gaz, 72 millions d’euros de compensation carbone et environ 22 millions d’euros d’aides d’urgence liées à la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine », précise Alain Le Grix de la Salle. Et toujours selon son président, le groupe a également touché cette même année 103 millions d’euros d’autres aides publiques en France : « Ces derniers se répartissent comme suit : 4 millions pour les investissements, 10 millions pour le Fonds européen de développement régional (Feder), 40 millions pour le CIR, 6 millions pour l’APLD, 41 millions pour les allégements de charges et 2 millions pour l’apprentissage ».

Quand on sait que le groupe a distribué entre 300 et 400 millions d’euros de dividendes annuels ces dernières années et dépensé 12 milliards d’euros à des rachats d’actions en 5 ans, on voit tout de suite comment a été utilisée la « générosité » du contribuable français...

Et si le gouvernement, en recherche compulsive d’économies budgétaires, commençait par se pencher sérieusement sur cette question ? ■

Loïc de Bentzmann.