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Royaliste n°1279 du 22 mai 2024

Chasseur de Fraude

La Nation française

mercredi 22 mai 2024

Magistrat indépendant et rigoureux, Renaud Van Ruymbeke, disparu le 10 mai dernier à l’âge de 71 ans, avait fait de la lutte contre la fraude fiscale son cheval de bataille.

C’est lors de sa première affectation qu’il a instruit son premier dossier politique : c’est en effet avec la noyade en 1979 du ministre du Travail de l’époque, Robert Boulin, qu’il fait ses premières armes de Juge d’instruction. Fallait-il y voir la tonalité de la suite de sa carrière ? Toujours est-il que, même s’il a aussi su se montrer habile et perspicace pour résoudre notamment un crime de droit commun (le viol et l’assassinat de la jeune anglaise Caroline Dickinson), c’est avec les difficiles et médiatisés dossiers politico-financiers (Urba, Elf, les frégates de Taïwan, Cahuzac, Clearstream, Kerviel, Balkany etc...) sur lesquels il enquête que, à son corps défendant, il connaît la notoriété en affrontant de façon souvent houleuse le monde politique mais aussi judiciaire.

Et c’est en instruisant ces dossiers qu’il acquiert la conviction que les questions de lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment d’argent lié à la criminalité et aux multiples trafics planétaires deviennent rapidement et inévitablement des sujets politiques et diplomatiques d’État à État après avoir été dans un premier temps des affaires d’enquêtes et de poursuites judiciaires. C’est ce qu’il souligne à l’occasion d’une intéressante conférence donnée en février 2023 à Rennes après la sortie de son ouvrage Offshore - Dans les coulisses édifiantes des paradis fiscaux (1).

Dans cette conférence, le magistrat reconnaît que s’il y a eu des efforts entrepris contre la fraude fiscale, notamment par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), il y a toujours autant d’argent qui échappe aux États et à leur budget au détriment de la santé, de l’éducation etc... et de l’ensemble des contribuables. Malgré une coopération judiciaire internationale qui a marqué des points, il a constaté que les grands fraudeurs ont toujours un coup d’avance et passent entre les mailles du filet, d’autant plus que les sommes colossales (8 700 milliards à l’échelle de la planète dont 80 à 100 milliards pour la France) qui sont concernées ont été invisibilisées et leurs détenteurs anonymisés via des cascades de sociétés-écrans, de trusts et de paradis fiscaux élaborées par des cabinets-conseils grassement rémunérés et des réseaux bancaires ayant pignon sur rue et qui y trouvent aussi largement leur compte.

Malgré ce constat, il persiste à considérer que les mailles de ce filet peuvent être significativement resserrées pour peu qu’il existe, au plus haut niveau des États et des gouvernements, une réelle volonté politique de lutter contre ce fléau en accordant, par exemple, un statut protecteur aux « lanceurs d’alerte » qui prennent d’énormes risques assorti – pourquoi pas ? - d’une récompense comme a su le faire le Trésor américain dans le dossier de la fraude organisée par l’UBS à son détriment.

Ce serait là un bel hommage à lui rendre.

Loïc de Bentzmann.

(1) Éditions Les liens qui libèrent – 2022