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Royaliste n°1282 du 10 juillet 2024

Chronique d’un désastre industriel et stratégique

La Nation française

mercredi 10 juillet 2024

Le 31 mai, après avoir organisé leur vente il y a dix ans, Emmanuel Macron a célébré triomphalement et cyniquement le rachat définitif par EDF des turbines Arabelle au groupe General Electric (GE).

« Ce 31 mai, EDF reprend officiellement les activités nucléaires de General Electric et notamment les activités de maintenance et de fabrication des turbines Arabelle (…) Les accords conclus assurent la pérennité de cette activité qui est une véritable fierté française ».

Conçue en 1977 par Alstom et fruit de l’ingénierie française, la turbine Arabelle est effectivement une fierté française justifiée (1). Mais où peut être la fierté quand on rachète – à périmètre comparable – 1,1 milliards d’euros une activité et des équipements industriels vendus sept ans plus tôt pour 558 millions d’euros à un groupe américain qui a laissé volontairement péricliter entre temps toute cette activité en Europe et en France (3000 suppressions de postes) ? Comment peut-on parler de fierté quand on rachète au double du prix de vente initial un ensemble ne détenant plus ni la propriété industrielle ni les innombrables brevets à un groupe américain - qui n’est plus seulement le conglomérat industriel qu’il a été mais un fonds d’investissement spéculatif agissant en lien étroit avec le gouvernement américain - et qui aura à l’avenir un droit de veto sur leurs futures utilisations (2) ? En effet, la division la plus importante de GE au début des années 2000 était GE Capital et cette filiale a participé au scandale financier des subprimes et a été condamné à payer une amende de 1,5 milliard de dollars aux États-Unis en 2019.

Préparée et organisée en secret dès 2012 à l’insu du gouvernement d’alors, c’est en 2014 que la vente de la branche énergie d’Alstom à GE est validée par Emmanuel Macron en tant que Ministre de l’Économie du gouvernement de François Hollande, dépossédant ainsi la France d’une technologie clé : les turbines Arabelle qui équipent toutes nos centrales nucléaires et 30 % des autres centrales dans le monde. Cette vente a également privé la France d’un savoir-faire essentiel et de capacités de production cruciales dans les domaines de l’éolien en mer, des barrages hydroélectriques, du porte-avion nucléaire et d’équipements pour les réseaux électriques (disjoncteurs, transformateurs etc.). Autant d’activités hautement stratégiques échappant ainsi à notre souveraineté.

Cette même année, il mettra tout en œuvre, avec succès, pour torpiller toutes les tentatives d’Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement industriel, pour contrer cette opération de rachat avec cet argument typiquement « macronien » : en s’opposant aux lois sacrées du marché, le ministre ne proposait rien de moins que « Cuba sans le soleil », selon les termes largement diffusés alors par ses soutiens. Et il rajoutait qu’il ne saurait y avoir ni entrave au capital ni préoccupation de souveraineté, et encore moins de guerre économique entre alliés. À voir la politique menée par Donald Trump puis par Joe Biden sur la protection des intérêts américains, on mesure la pertinence, la solidité et le cynisme de l’argument...

Et c’est Emmanuel Macron, encore et toujours, qui fit le nécessaire pour démonter les quelques protections juridiques qu’avait mises en place son prédécesseur pour tenter précisément de protéger la propriété industrielle et les brevets liés aux turbines Arabelle, installées non seulement dans les centrales nucléaires, mais aussi dans les sous-marins nucléaires. À peine arrivé à Bercy, il s’employa dès 2014 à détricoter le tout et à liquider en 2016 la joint-venture dans laquelle l’État avait obtenu un droit de veto.

On comprend mieux pourquoi la commission d’enquête parlementaire présidée par le député Olivier Marleix (LR) a accusé en 2019 le Président de faire partie d’un « pacte de corruption » (3).

Loïc de Bentzmann.

(1) cf. Royaliste n° 1220.

(2) cf Royaliste n° 1262.

(3) Les Échos du 19 juillet 2019.