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Royaliste n°1271 du 31 janvier 2024

Désir d’Etat : une conversion verte ?

La Nation française

mercredi 31 janvier 2024

La défiance des mouvements écologistes à l’égard de l’État, vu comme productiviste et « croissanciste », apparaît dès les années 30. Cette perception serait-elle en train de s’inverser ?

C’est ce qui semble ressortir de l’enquête très complète que nous propose Le Monde (1) sur la réflexion en cours chez les penseurs contemporains de l’écologie politique.

Pendant longtemps, l’État est, aux yeux de la mouvance écologiste, un appareil qui encourage la dégradation de l’environnement et qui échoue dans ses entreprises. Certains courants le considèrent même (avec son pendant consubstantiel, la nation) comme responsable des tragédies du XXe siècle pour l’espèce humaine et les autres êtres vivants de la planète et le voit soit comme un destructeur de la nature soit comme un complice des destructeurs. Cette vision anarchisante est cohérente avec une pensée refusant toute idée de conquête du pouvoir, vue alors comme une sorte d’apostasie. Dans le prolongement du mouvement hippie des années 60-70, le militantisme écologique se veut surtout un contre-pouvoir par le choix d’un style de vie alternatif en rupture avec le société et le consumérisme dominant.

Mais, au tournant des années 80-90, l’écologie et l’environnement entrent dans le champ politique et une inflexion importante se produit : longtemps marginales, les luttes écologistes deviennent centrales pour la survie de tous et leurs militants et acteurs veulent « écologiser l’action publique » et ils le font notamment par l’action judiciaire : en 2018, quatre ONG assignent en justice l’État et obtiennent en 2021 sa condamnation dans ce qui sera baptisé par les médias « L’affaire du siècle ». Et contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, cette assignation ne constitue pas un rejet de l’État mais bien un « désir d’État », car elle est une reconnaissance implicite du rôle central de la puissance publique dans la préservation du bien commun. Comme le montre dans ses travaux récents Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France, l’État social, sous l’influence de la mondialisation et de l’idéologie néolibérale, a organisé lui-même son impuissance : il a renoncé à son rôle dans la répartition des richesses et contribué ainsi « à la surexploitation des ressources naturelles, au réchauffement climatique, à la perte de la biodiversité, aux pollutions de toutes sortes, à la désertification et aux migrations forcées ». Pour lui il est donc urgent de restaurer l’État dans « sa fonction de Tiers garant de la justice », en précisant que « ce n’est ni en défaisant l’État social ni en s’efforçant de le restaurer comme un monument historique que l’on trouvera une issue à la crise sociale et écologique. C’est en repensant son architecture à la lumière du monde tel qu’il est et tel que nous voudrions qu’il soit ».

Nous reviendrons dans un prochain numéro de Royaliste sur les conséquences possibles de cette « conversion verte » si elle se confirmait.

Loïc de Bentzmann.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/01/12/la-crise-ecologique-fait-renaitre-le-desir-d-etat