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Royaliste n°1298 du 9 avril 2025

EDF : où est l’Etat stratège ?

La Nation française

mercredi 9 avril 2025

Même si les divergences de visions étaient connues des observateurs attentifs, l’éviction brutale du PDG d’EDF le 21 mars témoigne surtout de l’absence d’un État stratège quant aux questions énergétiques.

Depuis plus de deux ans à la tête d’EDF et à seulement quelques mois du terme de son mandat en juillet, son PDG Luc Rémont vient d’être remercié par le ministre de l’Économie, Eric Lombard, très probablement à la demande de l’Élysée. Pourtant, durant ces deux années, il avait su reconstituer la capacité de production de l’entreprise, fortement dégradée par des problèmes de corrosion qui avaient mis à l’arrêt les deux tiers du parc nucléaire. Sous sa conduite, la France est redevenue exportatrice nette d’électricité grâce à une production accrue de 30 %, ce qui a eu pour effet de stabiliser la dette et de retrouver une exploitation bénéficiaire. Les désaccords entre lui et l’Élysée sont nés quand il s’est agi de conjuguer harmonieusement une politique tarifaire de service public préservant le pouvoir d’achat des Français et la compétitivité de notre industrie par des prix abordables et la nécessité de financer un lourd programme d’investissement avec notamment la construction des six nouveaux réacteurs nucléaires promis par Emmanuel Macron.

Certes, ces deux objectifs obéissent à des temporalités différentes mais sont mutuellement complémentaires car ce sont les bénéfices à court terme qui doivent permettre de financer au moins en partie les lourds investissements à long terme qui seront à leur tour générateurs de profits. Et c’est là que les divergences sont apparues : alors que Luc Rémont avait choisi de privilégier la capacité bénéficiaire d’EDF par une politique tarifaire revue à la hausse, l’Élysée, sous l’influence de l’Uniden (Union des industries utilisatrices d’énergie), exigeait des tarifs inchangés, à savoir celui (42 euros le MWh) du régime Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) mis en place pour permettre l’activité spéculative des tristement fameux « opérateurs privés » imposés par l’UE.

En matière de politique énergétique, il s’agit de concilier la compétitivité de notre industrie face à la concurrence internationale, tout en préservant le portefeuille des citoyens, avec la nécessité d’investissements lourds indispensables au maintien et à l’amélioration de cet avantage concurrentiel et social dans le temps long. Et cela ne peut être obtenu que si la puissance publique vient rééquilibrer la balance, quand cela est nécessaire, par des interventions financières, ce qui est parfaitement justifié quand cela se fait dans l’intérêt de la France et des Français.

C’est donc une question de cohérence et d’efficacité s’inscrivant dans une stratégie globale à long terme. A condition qu’une telle stratégie existe et ait été pensée et conçue préalablement à cette fin. Or cette stratégie n’existe pas actuellement, que ce soit à l’Élysée ou au sein des ministères de l’Économie ou de l’Industrie. Et comme elle exige des interventions financières publiques ainsi qu’une planification souple et intelligente, elle n’est pas près de voir le jour quand on sait la soumission de notre classe dirigeante au diktats de la Commission européenne qui n’a pas renoncé et ne renoncera jamais – surtout présidée par Ursula von der Leyen – à ses projets de dérégulation et de démantèlement des services publics nationaux.

C’est Bernard Fontana, actuel directeur général de Framatome, filiale d’EDF, qui a été choisi par Emmanuel Macron et qui sera proposé à l’Assemblée nationale et au Sénat pour succéder à Luc Rémont.

Pourra-t-il convaincre ses mandants de concevoir et mettre en œuvre un tel projet ? Le doute est permis… ■

Loïc de Bentzmann.