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Royaliste n°1306 du 10 septembre 2025

Finances publiques : qui sont les « assistés » ?

La Nation française

mercredi 10 septembre 2025

Patrick Martin. Le président du Medef veille jalousement sur son pactole d’argent public.

En 2023 les aides publiques aux entreprises ont représenté 211 milliards d’euros et le premier poste de dépenses publiques, soit sur 25 ans une augmentation 3,3 fois plus rapide que les aides sociales.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la pertinence d’une fiscalité d’incitation utilisée comme outil au service des politiques publiques - comme, par exemple, dans le cadre d’une planification soigneusement pensée et élaborée - , mais un tel usage doit être strictement défini et encadré. Cet encadrement passe par un ciblage attentif des mesures envisagées et par l’exigence de contreparties de la part des bénéficiaires, afin d’éviter des cadeaux inconsidérés.

Sauf que, quand on enquête sérieusement – ainsi que l’a fait Maxime Combes, économiste (1) – sur le sujet, les « bras vous en tombent de l’armoire » ! On découvre en premier lieu l’incapacité totale des administrations concernées de répondre à une question aussi simple que celle du montant des aides publiques reçues par les entreprises. Même le président de la Commission sénatoriale, auteure d’un rapport en 2025, plutôt connu pour être libéral bon teint, s’est montré effaré par la situation. Puis, on s’aperçoit que, par la sédimentation discrète d’un maquis de 2250 aides publiques sans suivi ni évaluation systématiques, les gouvernements successifs ont sciemment organisé une cécité collective. Alors que, quand il s’agit d’aides sociales et/ou de financements de services publics, nos censeurs budgétaires et autres gardiens de la doxa néolibérale ne ferment jamais les yeux et sont nettement plus bruyants...

Contrairement à ce qu’affirment nos « grands patrons » français et étrangers ainsi que la plupart des éditorialistes et autres « économistes » auto-proclamés, les entreprises privées (en particulier les plus grandes) ne sont pas étranglées par « les prélèvements obligatoires » de l’État-providence français, mais en sont des bénéficiaires croissants. En effet, si 211 milliards d’euros constitue déjà un montant extrêmement conséquent, ce qui est à souligner c’est la vitesse avec laquelle ce poste de dépenses a évolué depuis 25 ans : aucune autre grandeur économique majeure ne progresse trois fois plus vite que le PIB sur 25 ans ! Cela dit bien la réalité du prodigieux effort budgétaire et fiscal consenti au profit des seules entreprises sur la période. Il suffit d’ailleurs d’entendre les PDG de multinationales françaises expliquer aux sénateurs « que certaines de leurs activités et investissements étaient désormais dépendants d’aides publiques et qu’ils ne sauraient vivre sans » pour en être convaincu.

Là où le bât blesse, alors que les droits des bénéficiaires des aides sociales se réduisent comme peau de chagrin tout en exigeant d’eux toujours plus de contrôles et de devoirs, c’est quand on laisse s’empiler un maquis d’aides publiques de plus en plus coûteuses sans le moindre contrôle ni la plus modeste contrepartie et sans le moindre effet sur la croissance et l’emploi.

Par contre, entre 2000 et 2020, les groupes du CAC 40 ont vu leur chiffre d’affaires (+74 %) et leurs profits (+77 %) augmenter. Les dividendes, eux, ont littéralement explosé (+ 269%). Seul indicateur à la baisse :les effectifs salariés en France (-12%) alors que leurs effectifs augmentent au niveau mondial (+26 % ) et que le chiffre d’affaires réalisé en France augmente lui aussi de 28 %.

Seuls des esprits chagrins particulièrement mal tournés y verront un lien de cause à effet selon la loi des vases communicants … ■

Loïc de Bentzmann.

(1). https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog/100725/les-aides-publiques-aux-entreprises-augmentent-plus-vite-que-les-aides-sociales-1