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Royaliste n°1321 du 8 avril 2026

George Sand, une insoumise ?

Les Lettres et les Formes

mercredi 8 avril 2026

Les qualificatifs ne manquent pas pour caractériser la vie et l’œuvre de l’écrivaine : républicaine, socialiste, féministe. Certains la voient entrer cette année au Panthéon pour le 150e anniversaire de sa disparition. Toutefois, on la regarde aujourd’hui selon une vision trop contemporaine qui mérite d’être nuancée.

George Sand, photographiée par Nadar en 1864.

Née à Paris en 1804, Aurore Dupin, devenue « George Sand » à l’occasion de la publication de son premier roman, Indiana, en 1832, n’est plus aujourd’hui réduite qu’à ses amours tumultueuses ou à quelque image de « bonne dame » que le temps aurait assagie. Son œuvre ne se trouve plus limitée qu’aux romans champêtres et leur lecture réservée aux enfants. Le temps a débarrassé l’œuvre et la vie des attaques et caricatures innombrables dont elles ont longtemps fait l’objet.

Comme Victor Hugo, George Sand occupe la scène littéraire pendant près d’un demi-siècle. Comme lui, au nom de l’égalité, elle prend la défense du peuple, des paysans surtout, et affiche toute sa vie de fortes convictions socialistes et républicaines. L’œuvre qu’elle laisse est considérable : plus de soixante-dix romans, des contes et des nouvelles en nombre, une autobiographie monumentale, une vingtaine de pièces de théâtre, des essais, des récits de voyages, des centaines d’articles publiés dans les grands journaux et revues auxquels s’ajoute une correspondance comptant près de vingt-cinq mille lettres.

L’ensemble de son œuvre témoigne d’une remarquable attention aux questions esthétiques, politiques, philosophiques et religieuses. L’apport des Lumières et de la Révolution l’enrichit dans ses descriptions du monde rural avec ses spécificités berrichonnes au moment où se développe l’intérêt pour le folklore. Elle s’interroge sur la condition des femmes, enfin, que le code civil de 1804 a privées des droits civils et politiques.

Quand elle meurt à Nohant, en 1876, Flaubert confie : « Il fallait la connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie », tandis que Victor Hugo déclare : « Dans ce siècle qui a pour loi d’achever la Révolution française et de commencer la révolution humaine, l’égalité des sexes faisant partie de l’égalité des hommes, une grande femme était nécessaire. »

Toutefois, son féminisme doit être nuancé et remis dans le contexte de son époque pour être bien compris. Sylvie Veys, une spécialiste de l’écrivaine le souligne : « George Sand ne participa jamais à aucun cénacle féministe et ne lutta pas pour l’égalité politique ». Et elle ajoutait : «  C’est la raison pour laquelle elle avait refusé d’occuper la fonction de « mère » pour les Saint-Simoniens et refusera également que la féministe Eugénie Niboyet propose sa candidature aux élections en 1848 ». En fait, le premier stade de l’égalité des droits avec les hommes résidait, selon l’écrivaine, dans l’éducation des jeunes filles, comme elle l’explique dans plusieurs textes regroupés par Michèle Hecquet dans L’Éducation des filles au temps de George Sand. En attente d’une éducation égalitaire, George Sand valorise dans ses œuvres les jeunes femmes autodidactes, dont la plus belle incarnation de cela sera Edmée de Mauprat dans le roman Mauprat, écrit en 1837.

On est donc loin de la fiction sur George Sand proposée par France télévision voilà quelques mois intitulée « La Rebelle ». Cette série prend des libertés qui effacent la complexité de son parcours et de ses engagements sociaux et politiques. La période des années 1830, par exemple, est largement réécrite, dépeignant George Sand principalement comme une femme rebelle subissant notamment des violences sexuelles de son époux Casimir Dudevant, qu’elle n’a jamais alléguées. Si elle présente son émancipation personnelle, elle simplifie et caricature son féminisme. Elle met par contre en exergue, à juste titre, son goût pour les plaisirs charnels qu’elle a toujours revendiqué, comme Colette.

Jacques Haedens.