Republier Nimier chez Quarto, c’est publier la famille, tant la vie de l’écrivain est mêlée aux Éditions Gallimard dès l’après-guerre. Nimier ne fut pas seulement un auteur de la maison, il en fut un conseiller.
C’est en 1948 que le manuscrit des Épées du jeune Roger de 22 ans est accepté chez son futur éditeur. Jean Paulhan, un des principaux directeurs de collection chez Gallimard, avait fait remarquer en lisant un premier texte : « A publier dès maintenant s’il risque de nous échapper. » : axiome d’éditeur.
Il ne leur échappera pas et Gaston Gallimard publiera six titres en cinq ans : Les Épées (1948), Le Hussard bleu (1950), Perfide (1950), Amour et Néant (1951), Les Enfants tristes (1951), Histoire d’un amour (1953).
« Je m’enferme dans une robe de moine-qui me protège du froid et du monde pour écrire Le Grand d’Espagne, que je donnerai à La Table ronde. ». - Toutefois, c’est le jeune Roland Laudenbach qui publia à La Table Ronde en 1950 Le Grand d’Espagne, « qui contient sept courts essais de politique et de morale » dit la quatrième de couverture de l’édition de 1962. Le premier essai est consacré à Bernanos, que Nimier avait rencontré en 1946. Des extraits sont incrustés dans ce Quarto. Le 40, rue du Bac de Laudenbach était à proximité du 3, rue Sébastien Bottin, comme le bar au sous-sol de l’hôtel du Pont Royal l’était du Decameron, à l’hôtel Montalembert. Ces bars du 7e arrondissement où ceux qui allaient devenir « les hussards » se croisaient, mais pas tous en même temps. C’est d’ailleurs dans le 16e d’Auteuil que Nimier avait rencontré en 1949 Jacques Laurent, chez François Mauriac. Nimier, enfant de la rive droite, du quartier Pereire, avant de s’installer en famille dans le 8e, rue Jean Mermoz, près des Champs-Élysées.
La vie de Roger Nimier commence en 1925 et se termine en 1962.Agé de 36 ans, il avait survécu à plusieurs accidents de la circulation. Le dernier lui sera fatal. Il laissait une veuve de 35 ans et deux enfants, Martin (6 ans) et Marie (5 ans). Dès lors, la légende de l’homme pressé prenait la suite, à la manière du personnage de Paul Morand. Morand qui fut si malheureux de cette mort : « Il a séduit la mort, comme il les tombait toutes, nous laissant l’agonie. ».
Ce que nous rappelle Marc Dambre (1), c’est que Nimier qui était volontiers d’humeur blagueuse, pressé parce qu’il était d’une intelligence exceptionnelle, n’avait rien de léger. Un jeune homme sérieux, un élève brillant, un garçon qui avait perdu son père à treize ans. De mars à août 1944, il était engagé volontaire pour la durée de la guerre au 2e hussards, dans le Sud-Ouest puis la Côte d’Azur.
Après quoi il écrit (beaucoup), il est amoureux (souvent) et consacre le reste du temps à l’amitié.
Après sept publications en cinq ans, le romancier s’était mis sur pause. - Nimier se tourna alors plus entièrement vers la presse. Il était depuis 1951 directeur de l’hebdomadaire de spectacles Opéra. Mais on le retrouve, dit Marc Dambre, dans « une quarantaine de périodiques » dont Arts, Nouveau Femina, La Nation française (2) ou Le Nouveau Candide. Il y publie des critiques ou des chroniques. C’est aussi l’époque de son mariage (avec Nadine Raoul-Duval en 1954), des scénarios et des adaptations cinématographiques : Ascenseur pour l’échafaud, Les Grandes personnes, L’affaire Nina B., L’Éducation sentimentale. Il va s’occuper de ses confrères de manière professionnelle en devenant en 1956 conseiller littéraire chez Gallimard.
Ce Quarto comporte trois romans : Les Épées, le Hussard bleu, Les Enfants tristes, mais aussi Journées de lecture (3) dans la rubriques des essais et chroniques : on y lit entre autres quelques pages sur Charles Maurras, Valéry Larbaud, Jacques Laurent ou Louise de Vilmorin. « Que faire des restes de dinde le lendemain d’un réveillon ? » est un bijou (4). Citons aussi ce qui n’y est pas : Amour et Néant, Perfide, L’Étrangère (5), D’Artagnan amoureux (6).Il fallait choisir et ces titres sont disponibles dans d’autres collections. Les présentations de Marc Dambre, la biographie précise de Nimier, l’important appareil de notes qu’il nous offre, font de cette édition un volume exceptionnel. Il complétera la bibliothèque de quelqu’un qui a déjà « tout Nimier » ou sera une première découverte pour ceux qui ne l’ont pas encore lu. ■
Laurence Varaut.
Roger Nimier, Œuvres - Romans, essais, critique, chroniques, édition présentée et annotée par Marc Dambre, Collection Quarto, Gallimard, octobre 2025.
(1). Marc Dambre, professeur des Universités, spécialiste de Roger Nimier. Écouter sur Fréquence protestante l’émission « une heure avec » du 13 décembre 2025. (2) Roger Nimier avait rencontré Pierre Boutang en 1948. (3). Paru en 1965 (Gallimard). (4). « Chronique gastronomique » p.1022. (5). Paru en 1968 (Gallimard) (6). Paru en 1962 (Gallimard)
Tout Nimier (ou presque)