L’acquisition permettrait au groupe franco-néerlandais – où l’État français détient 27,98 % - de prendre le contrôle de SAS, qui deviendrait alors une filiale du groupe. L’objectif affiché est d’exploiter pleinement les synergies entre les deux entités, non seulement sur les fonctions commerciales, mais également dans les programmes de fidélité, les opérations et les fonctions support. Air France-KLM deviendrait majoritaire au sein du conseil d’administration de SAS.
"Nous nous réjouissons à l’idée d’accueillir SAS en tant que membre à part entière de la famille Air France-KLM", a déclaré Benjamin Smith, directeur général d’Air France-KLM. Il souligne l’excellence des performances post-restructuration de SAS et voit en cette intégration un levier de croissance pour les deux compagnies, notamment en matière de connectivité et de transition vers un transport aérien plus durable. Avec le renfort de SAS, qui va devenir une nouvelle filiale comme KLM, Air France compte développer des « synergies grâce à une intégration dans l’ensemble des domaines d’activité, y compris les programmes de fidélité, et au-delà des seules fonctions commerciales ». Air France récupère ainsi une flotte de 138 appareils, 130 destinations, 25 millions de passagers transportés et un chiffre d’affaires de 4,1 milliards d’euros (2024). Pour la même année, Air France-KLM a réalisé un chiffre d’affaires de 31,5 milliards d’euros et transporté 98 millions de passagers.
En Europe, cette opération va permettre à Air France-KLM de peser plus lourd et de gagner des points dans la compétition qui le met aux prises avec les deux groupes leaders fédérant des compagnies historiques : d’un côté, Lufthansa, regroupant Lufthansa, Austrian, Swiss, Brussels et ITA ; de l’autre, IAG, regroupant British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus. Avec ses 31,5 milliards de chiffre d’affaires en 2024, le transporteur franco-néerlandais était devancé par IAG (32,1 milliards) et surtout Lufthansa (37,6 milliards). En consolidant SAS dès l’exercice 2024, il serait repassé devant IAG.
Cinq ans après l’épidémie de Covid-19, qui l’aura fait passer tout près de la faillite, le transport aérien ne s’est jamais aussi bien porté. Et cette santé retrouvée devrait se maintenir et se renforcer dans les années à venir. L’Association internationale du transport aérien (IATA) prévoit sobrement que 2025 sera « une bonne année », mais elle a annoncé, en décembre dernier, des prévisions mirifiques pour 2026. Selon l’IATA, les compagnies aériennes du monde entier devraient transporter 5,2 milliards de passagers : ce sera la première fois de leur histoire que les compagnies franchiront le seuil symbolique des 5 milliards de passagers. Ce nouveau record marque une hausse de 6,7 % par rapport à 2024.
Mais, pour devenir réalité, ce mouvement devra d’abord obtenir l’accord de la Commission européenne. Elle regardera si ce projet ne crée pas un abus de position dominante et une distorsion de concurrence. Un examen qu’il ne faut pas prendre à la légère, surtout avec Ursula von der Leyen à sa tête...
Qu’un groupe français, où l’État reste le premier actionnaire, puisse ainsi jouer un rôle prépondérant à l’échelle mondiale dans un secteur d’activité aussi stratégique que le transport aérien ne doit que nous réjouir, surtout quand on voit ce que sont devenues la place et l’influence de la France dans le concert des nations ces dernières années. ■
Loïc de Bentzmann.
Grandes manœuvres aériennes