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Royaliste n°1269 du 3 janvier 2024

Jacques Delors, l’euro-libéral

La Nation française

mercredi 3 janvier 2024

La disparition de Jacques Delors appelle du respect pour l’homme et de grandes réserves sur sa politique

Quand un homme politique qui a marqué son époque décède, il est juste et nécessaire de rendre hommage à l’être humain qu’il était. Il est tout aussi juste et nécessaire d’exprimer des critiques envers le « politique » qu’il avait choisi d’être puisque les orientations de fond dont il a été l’instigateur décisif produisent toujours des conséquences très graves pour une immense majorité de citoyens français et européens. S’en abstenir serait quasiment injurieux à l’égard du disparu car cela reviendrait à de l’indifférence à ses convictions et à sa disparition. C’est pourquoi nous faisons nôtre l’oraison politique que David Cayla lui consacre en reproduisant ci-après de larges extraits :

« Je soutiens depuis longtemps, notamment dans La Fin de l’Union européenne (1) coécrit avec la regrettée Coralie Delaume, que le traité qui a tout changé en Europe c’est l’Acte Unique (1986), l’œuvre dont Delors était le plus fier. Jacques Delors c’est le passage du « marché commun » au « marché unique ». C’est le moment où l’UE bascule d’un système économique régulé principalement par le politique, du fait du principe de l’unanimité et des restrictions à la circulation du travail et du capital à un système économique régulé par la concurrence « libre et non faussée », c’est-à-dire à un grand marché au sein duquel les forces de la concurrence s’imposent face aux politiques économiques. Avec le marché unique, il devient interdit aux États de contrôler et de limiter la circulation du capital entre pays membres de l’UE... mais également vis-à-vis des pays tiers. C’est Jacques Delors et d’autres socialistes français qui ont organisé la mondialisation financière comme l’explique très bien l’économiste britannique Rawi Abdelal. Autre conséquence du marché unique européen, la libéralisation à marche forcée des services publics à partir des années 1990 (télécommunications, services postaux, transport aérien et ferroviaire, gaz et électricité…). C’est donc à Delors et au marché unique que nous devons la création du marché européen de l’électri-cité qui a si brillamment dysfonctionné au moment de la crise énergétique de 2022, mettant de nombreuses entreprises en péril et alimentant l’inflation ».

D’où une conclusion sévère mais juste : « En ce jour de deuil, on dira de Jacques Delors que c’était un grand Européen, un idéaliste, un travailleur acharné persuadé d’œuvrer pour la paix et la prospérité des Européens. (...). L’homme est admirable de par la force de ses engagements. (…) Mais l’Acte unique a profondément et irrémédiablement transformé l’Europe. Il a exacerbé la concurrence, limité la régulation politique de l’économie, affaibli le syndicalisme, nourrit la rivalité entre les pays membres de l’UE, renforcé les paradis fiscaux. L’Acte unique aura été le point de départ du déclin économique, social et politique de l’Europe. Jacques Delors fut un grand homme qui s’est grandement trompé ».

Loïc de Bentzmann.

(1) Coralie Delaume & David Cayla, La Fin de l’Union européenne, Ed. Michalon, 2017.