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Royaliste n°1307 du 24 septembre 2025

L’Europe sans la Commission

La Nation française

mardi 23 septembre 2025

Ursula von der Leyen. Le rôle de sa Commission est de plus en plus contesté.

Institution technocratique et idéologisée, la Commission européenne est l’un des moteurs du déclin de l’UE. Pour sauver l’Europe, il faut d’abord se libérer de cette structure post-démocratique.

Depuis des décennies, la Commission européenne concentre des pouvoirs considérables qu’elle s’arroge de plus en plus en outrepassant son mandat, sans jamais en assumer la légitimité démocratique, principalement au profit de l’état germanique. Cet état de fait s’est amplement accentué sous la présidence d’Ursula von der Leyen. L’exemple le plus probant étant l’accord commercial trouvé cet été entre Donald Trump et la présidente de la Commission. L’obligation de consulter le Conseil avant la signature reste opaque tandis que Friedrich Merz, déclarera plus tard, être « soulagé » par cet accord…

Présentée comme une garante de l’unité, la Commission s’est muée en organe centralisateur, imposant des normes, des directives et des choix économiques qui contredisent les volontés populaires et les besoins tangibles des États membres. Tandis que le monde change, Bruxelles reste figée dans une logique technocratique et idéologisée, coupée du réel. Pour sauver une Europe en déclin, il faut supprimer la Commission.

Une technocratie hors-sol et idéologisée. ― La Commission européenne se présente comme garante de l’intérêt général européen. En réalité, elle incarne une dérive post-démocratique : ses membres, non élus, sont nommés à la suite de tractations entre États membres et groupes politiques européens, échappant totalement au suffrage universel. Ursula von der Leyen, par exemple, n’était pas la candidate tête de liste de son parti en 2019. Elle a été imposée à la suite d’un compromis opaque, court-circuitant le processus du Spitzenkandidat.

Cette opacité n’est pas neutre : elle sert un projet idéologique. La Commission agit comme un moteur du néolibéralisme en Europe, imposant depuis Maastricht une logique de libéralisation, de concurrence, de discipline budgétaire – souvent en contradiction avec les besoins sociaux et économiques des États. L’article 106 du TFUE, par exemple, impose aux services publics de respecter les règles de la concurrence, limitant leur protection par les États.

Le cas grec illustre cette logique. En 2015, alors que le peuple grec rejette massivement par référendum les plans d’austérité dictés par la Troïka (dont la Commission faisait partie), cette dernière impose un plan encore plus sévère. Le ministre des Finances Yanis Varoufakis a qualifié la Commission de « machine post-démocratique » écrasant les choix populaires. Propos qui seront confirmés par Jean-Paul Juncker lui-même, alors à la tête de la CE : « il ne peut y avoir de choix démocratique face aux traités européens ». On ne peut être plus clair.

Une absence de vision géopolitique qui condamne l’UE au déclin. ― L’un des angles morts les plus graves de la Commission est son incapacité à intégrer la géopolitique dans la conduite des affaires économiques. Obnubilée par l’orthodoxie budgétaire et la sacralisation du marché, elle n’a jamais conçu l’économie comme un levier stratégique dans un monde multipolaire. Pendant que les États-Unis déploient le Inflation Reduction Act pour relocaliser leur industrie, et que la Chine protège ses filières technologiques clés, la Commission reste arc-boutée sur les dogmes de la concurrence « libre et non-faussée ». Elle interdit par exemple les concentrations industrielles européennes sous prétexte de concurrence intra-européenne, au lieu de penser en termes de compétitivité globale. Ce manque de vision stratégique participe au décrochage économique de l’UE. L’UE ne maîtrise plus ses approvisionnements critiques (comme les terres rares ou les semi-conducteurs), ni ses infrastructures numériques. La Commission a été incapable de promouvoir des champions européens dans les domaines-clés comme le cloud, l’intelligence artificielle ou l’énergie.

Pour une Europe des Nations souveraines : vers une alternative confédérale. ― Face à cet échec structurel, il faut reconstruire l’Europe sur un modèle confédéral, respectueux des souverainetés nationales : une Europe des Nations.

Dans ce cadre, chaque État demeure pleinement souverain, maître de ses lois, de ses frontières, de ses choix économiques. La coopération européenne se fait sur la base de grands projets stratégiques, décidés d’un commun accord entre les gouvernements, en fonction de leurs intérêts partagés. L’exemple d’Airbus est éclairant : né en 1970 d’une initiative franco-allemande, avec l’Espagne et le Royaume-Uni, ce géant de l’aéronautique est devenu un fleuron mondial sans passer par la Commission. De même, les projets comme Ariane Espace, Galileo (système GPS européen) ou ITER ont été lancés hors du cadre rigide de la Commission, par coopération interétatique volontaire.

Dans ce nouveau modèle, le Conseil européen (qui réunit les chefs d’État et de gouvernement) dirige les projets menés en commun, selon une logique confédérale, et la Commission est supprimée. Ses fonctions législatives sont réparties entre un Parlement européen renforcé, et un Conseil des Nations, regroupant les représentants des parlements nationaux. Ce bicamérisme européen garantirait à la fois légitimité populaire et respect des souverainetés. Les décisions communes sont prises sur des bases consensuelles et soumises in fine à un vote démocratique.

Enfin, toute décision majeure – en matière commerciale, migratoire, monétaire – devrait être validée par référendum, nation par nation. Ce retour aux peuples est la seule garantie d’une légitimité durable et d’une relance du projet européen sur des bases démocratiques. Vérolée, la Commission européenne n’est plus réformable. Elle est devenue un carcan idéologique, un accélérateur du déclin et une menace pour la souveraineté des peuples. Démanteler cette structure, ce n’est pas abandonner l’Europe : c’est la sauver, en revenant à une coopération confédérale entre Nations libres, au service de leurs citoyens. ■