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Royaliste n°1264 du 23 octobre 2023

L’hiver vient

Les Lettres

lundi 23 octobre 2023

Dans la série Game of Thrones, c’est la devise de la Maison Stark. Elle annonce un hiver qui peut durer des années voire une génération. Elle annonce surtout l’arrivée de Marcheurs. C’est, à sa façon, ce que fait Marin de Viry dans La Montée des périls.

Si les librairies vendent encore des livres, ce ne sont pas ceux de Marin de Viry qui est le grand absent de leurs rayons, souvent remplis par contre de ce qui n’a aucune espèce d’intérêt littéraire. Pour découvrir cet écrivain, il faut être un lecteur assidu de la Revue des deux mondes, dans laquelle l’on y croise ses comptes-rendus de lecture et quelques autres textes. Ou alors compter sur le hasard qui fait parfois bien les choses par l’entremise des « boîtes à livres ». Quèsaco ? Il s’agit le plus souvent de cabines téléphoniques publiques qui, condamnées à disparaître par le « progrès », sont transformées en bibliothèques au sein desquelles l’on peut déposer des livres dont on souhaite se séparer et prendre ceux que d’autres y ont laissés.

Dans l’une de ces « boîtes à livres », en Bourgogne, gisait donc il y a quelques mois un exemplaire quasi neuf de La Montée des périls (éditions du Rocher), de Marin de Viry. Une carte de l’attachée de presse qui l’avait sans doute envoyé à un critique pour qu’il en fasse une recension était glissée entre ses feuilles. Étant donné le peu d’écho qu’a eu le livre, il n’est pas sûr que l’article escompté ait été rédigé. Mais que l’attachée de presse se rassure, elle n’aura pas offert pour rien un livre qu’on ne saurait trop vous recommander de lire dans ces colonnes pour au moins une (bonne) une raison : Marin de Viry écrit prodigieusement bien. A vous en donner des complexes.

Cela dit, il faut peut-être prévenir le lecteur qui serait tenté de refermer le livre au bout de quelques pages. Si d’aventure celui-ci envisageait de le faire parce qu’il ne court pas après les bluettes, qu’il persévère, il en sera récompensé. Celle de ce livre n’est qu’un prétexte à une satire aussi féroce qu’exact de notre Société du Spectacle. Car au départ de ce roman, il y a bien une bluette, oscillant entre badinerie et cour à l’ancienne. Et Marin de Viry s’empressant de nous raconter comment Paul, un écrivain presque désabusé, conte fleurette à la pétillante Erika. A moins que ce ne soit l’inverse. Jusque-là, c’est vrai, pas de quoi se griffer les joues d’excitation. Sauf que la dulcinée de Paul travaille pour une femme politique aspirant à devenir présidente de la République, Charlène Karpov.

Celle-ci, sorte de synthèse de Ségolène Royal, de Sandrine Rousseau, de Marlène Schiappa et d’Aurore Bergé aurait sûrement inspiré Michel Audiard et « Frédéric Dard, dit San-Antonio », que les cons fascinaient au point, pour le second, de revenir plusieurs fois sur le métier avec un Conorama et un épais roman sobrement titré Les Con. Avec élégance et finesse, Marin de Viry profite de l’amour qu’il fait naître entre Paul et Erika pour montrer un monde qui ne tourne plus rond, dans lequel le vide, au sens bernanosien du terme, semble devenu vortex pour aspirer à lui jusqu’aux dernières lueurs de feu notre civilisation. Ce n’est pas très réjouissant. Heureusement qu’avec Marin de Viry les histoires d’amour ne finissent pas forcément mal.

André Pierre.

Marin de Viry, La Montée des périls, éditions du Rocher, 2023.