Ce qui aura marqué les observateurs, c’est la sérénité de ces foules et le fait que de nombreuses personnalités de droite et de gauche, habituellement divisées sur tous les sujets, se retrouvaient là épaule contre épaule. Contrairement à ce que craignait – ou espérait – une certaine extrême gauche, on n’y a constaté aucune marque d’hostilité anti-musulmane. Ce rassemblement était pourtant d’abord un puissant signe d’amitié pour les juifs de France. Ceux-ci sont menacés de plus en plus, dans leur vie quotidienne, par un antisémitisme avant tout d’essence islamique. La guerre entre Israël et le Hamas n’a fait que réveiller des passions mauvaises très anciennes, même si elles ne contaminent pas tous les musulmans loin de là. Le conflit armé actuel pourrait bien s’importer, à la moindre étincelle, sous des formes que nous connaissons déjà, dans les banlieues occidentales.
Il n’y a eu besoin d’aucune consigne de prudence pour que, naturellement, la dignité dans les slogans et les attitudes s’impose à tous les manifestants du 12 novembre. Il aurait pourtant été facile à quelques extrémistes de faire déraper le mouvement. Les hauts dirigeants politiques qui avaient pris l’initiative de la manifestation ne craignaient rien tant que cela. C’était peut-être aussi une des raisons du président de la République pour s’abstenir de paraître dans la rue. On saluera donc la maturité politique – quelle que soit leur émotion intime – de ceux qui ont répondu à l’appel de Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet.
Alors, bien sûr, on est loin du million de manifestants que, dans d’autres circonstances, ont avait vu se mobiliser. Mais les chiffres de ce dimanche sont suffisants pour marquer les esprits et donner de notre pays une image rassurante, forte et digne. Cela ne remplacera pas une politique, mais en est la condition minimum.
Il y a deux enseignements politiciens à tirer de cette journée. D’abord l’espèce d’auto-exclusion de la communauté nationale que s’est infligée La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon en refusant de se joindre à toutes les autres formations politiques. La solidarité avec le peuple palestinien, matraqué par les bombardements de Gaza, n’est certes pas méprisable. Mais le calcul électoral de l’islamo-gauchisme finit par faire éclater définitivement toute possibilité d’unité à gauche et donc de possibilité d’exister politiquement au plan national, même si cela confortera certains fiefs locaux, quasi séparatistes. C’est une bouée de sauvetage pour la majorité présidentielle centriste qui va pouvoir s’étendre sur sa gauche. Et, par un mouvement de balancier, cette manifestation a surtout été marquée par la réintégration dans la même communauté nationale et politique de l’extrême droite. Adoubée par Serge Klarsfeld lui-même (le chasseur de nazis) Marine Le Pen a pu s’intégrer à la manifestation, même si c’est en faisant profil bas, sans chercher à gagner les premiers rangs. C’est une très grande victoire pour celle dont les élections européennes confirmeront bientôt le puissant ancrage électoral, et qui aspire à exercer les plus hautes fonctions sur le modèle de Giorgia Meloni en Italie. De telles considérations, triviales, tombent sous le sens, mais elles ne doivent pas entacher le bel événement nécessaire qu’a constitué la manifestation du 12 novembre.
Frédéric Aimard.
La Manif contre l’antisémitisme