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Royaliste n°1261 du 11 septembre 2023

La bataille de l’école ne fait que commencer

La Nation française

lundi 11 septembre 2023

Le système scolaire a toujours fait l’objet d’affrontements politiques virulents. Le combat continue en cette rentrée, pas toujours pour le meilleur.

L’école en France a toujours été depuis la Troisième République un sujet de controverses majeur. Le système scolaire de Jules Ferry est un instrument politique au service de la République chargé de créer des Républicains formés aux vertus de la science et du progrès et débarrassés des brumes de l’obscurantisme, qu’il soit clérical ou socialiste. Pas de France républicaine forte sans petits Français parlant tous la même langue de Dunkerque à Perpignan, de Brest à Belfort. Petits français qui s’enorgueillissent de nos conquêtes coloniales, symboles de notre génie. Non, l’école de la République n’a jamais été un terrain neutre. Puis après 1945, elle est l’institution qui favorise la méritocratie sociale et la réussite des plus méritants parmi les plus pauvres. Bourdieu et Passeron ont dit ce qu’il fallait en penser. Aujourd’hui elle doit permettre aux chères têtes blondes de ne pas connaître les affres de la misère et du déclassement social. L’école au sens large est politique. Elle est porteuse pour paraphraser Georges Burdeau d’une idée de droit. On en demande beaucoup à l’école et peut-être un peu trop.

C’est à cette lumière qu’il faut apprécier nos querelles actuelles. Chaque classement PISA ou Shanghai deviennent le symbole d’une France qui fout le cam. Pas une année sans qu’on nous explique que les Français ne savent plus l’orthographe que leur niveau en math est désastreux et qu’il faut en finir avec le pédagogisme. Tout cela est loin d’être absurde mais il faut rappeler que l’on doit dispenser un enseignement de qualité à des élèves de plus en plus hétérogènes et que, depuis longtemps on a enterré les mathématiques modernes, une bonne partie de la méthode globale, et l’enseignement des langues sans traduction aucune. Il est faux de dire que l’école re réagit pas, que les enseignants sont toujours absents ou en vacances. Et qu’ils ne font preuve d’aucun dévouement. Heureux pays celui qui n’aurait de telles créatures que dans son école. Et même la frange des profs d’extrême-gauche dont l’engagement peut interroger ont bien souvent le courage d’aller là où les autres ne veulent plus aller. Enfin n’oublions pas que les parents trop longtemps tenus écartés du système scolaire sont pour certains devenus les représentants syndicaux de leurs enfants contestant systématiquement notes et sanctions. Les jospineries sur l’élève au cœur de la démarche éducative et l’élève acteur de son savoir sans oublier la légendaire bienveillance ont abouti trop souvent à une culture de la contestation renforcée par la tyrannie des écrans. Petit Prince a toujours raison. A la fin, les libres enfants de Summerhill sont paumés et le cercle des poètes est définitivement disparu. Recréer l’école d’avant ? Regardez le délicieux film de Diane Kurys Diabolo Menthe, on en reparlera après.

Que penser des déclarations et des décisions récentes d’Emmanuel Macron et de son ministre ? Ce dernier a raison de vouloir chasser les harceleurs des établissements où ils sévissent. C’est à eux et non à leurs victimes de subir les conséquences de leur bêtise. Assez d’angélisme et de pseudo-compréhension à l’égard de jeunes crétins qui ne comprennent que les rapports de force. Oui à l’interdiction de l’abaya à l’école car si son statut de vêtement religieux peut-être discuté l’ambition sécessionniste et politique de ses promoteurs ne peut-être niée. Il est pertinent de remettre les épreuves de spécialité du bac au mois de juin mais il serait plus pertinent encore de réfléchir sur l’usage du contrôle continu sur deux ans qui rend hystériques certains parents et leurs chers rejetons sans apporter la moindre plus-value à l’examen. Cela ne peut suffire à revaloriser un examen dont l’utilité en l’état est de plus en plus contestée. Il faut arrêter les déclarations matamoresques sur l’enseignement chronologique de l’histoire et sur le renforcement de l’Éducation Morale et Civique. Il y a belle lurette que l’Histoire est enseignée de manière chronologique et l’EMC fait désormais l’objet d’une évaluation au bac. Et si on parlait de la géographie dont l’enseignement a formidablement évolué depuis quarante ans et dont on ne parle jamais ou presque. Il est louable de vouloir que l’enseignement au collège et au lycée soient assurés au mois de juin, à condition de mobiliser des centres d’examen pour le brevet et le baccalauréat et d’en construire si on en manque. Enfin, faire croire qu’en onze jours du 20 au 31 août, on résorbera au moins en partie les retards d’élèves en difficulté est de la foutaise. Revaloriser le statut des enseignants ne peut se réduire à un miraculeux pacte sensé pallier l’absence des profs et revaloriser le salaire des enseignants par une prime qui n’ose pas dire son nom. On ne revalorisera le statut et l’image des enseignants qu’au terme d’une réflexion d’ensemble sur la place et le rôle du système scolaire et de formation dans la société, et sur la place des enseignants en son sein. C’est long, c’est fastidieux, cela ne relève pas que du pouvoir politique mais c’est indispensable. Sur ce, bonne rentrée.

Marc Sévrien.