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Royaliste n°1273 du 28 février 2024

La liberté des médias est-elle menacée ?

La Nation française

mercredi 28 février 2024

Saisi par l’ONG Reporters sans frontières (RSF), le Conseil d’État a rendu une décision qui ne sortira pas les médias télévisuels français de l’impasse dans laquelle ils se trouvent.

La plus haute juridiction administrative du pays a demandé à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle (Arcom), de « réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations en matière de pluralisme et d’indépendance de l’information ». À l’origine du recours auprès du Conseil d’État (CE), RSF accusait la chaîne détenue par le milliardaire Vincent Bolloré de contourner ses obligations en matière de pluralisme d’opinion et de manquer d’indépendance vis-à-vis de son actionnaire. En clair, le CE demande à l’Arcom de ne pas se limiter au simple comptage du temps de parole des personnalités politiques étiquetées par appartenance partisane mais de comptabiliser également, selon les opinions exprimées, les éditorialistes, les animateurs, les chroniqueurs et les autres invités n’appartenant pas à des partis politiques dûment estampillés. Comme le souligne malicieusement notre ami David Desgouilles dans Marianne « les fonctionnaires de l’Arcom vont-ils devoir mettre la fiche à jour de tout intervenant dans un débat, dans un éditorial, dans une chronique, et pour tout l’audiovisuel ? Si c’est une idée pour relancer l’emploi public, ce n’est pas une mauvaise idée, parce qu’il va y avoir du boulot » Par contre, il est certain que cela va fortement déplaire à un certain Bruno Le Maire en quête compulsive de 10 milliards d’économies budgétaires…

Plus sérieusement, cette « affaire » est avant tout révélatrice de l’impasse économique, intellectuelle et politique dans laquelle se trouve les médias télévisuels généralistes. Fortement concurrencés pour l’information gratuite par internet et les réseaux sociaux, ils sont dans une compétition féroce pour vendre le plus cher possible aux annonceurs – première source de chiffre d’affaires – le « temps de cerveau disponible » du téléspectateur. Et concernant les sujets politiques, économiques ou sociétaux, ils savent très bien que jamais un débat préparé, construit et structuré où chaque intervenant, maîtrisant son sujet, prend le temps de développer ses arguments puis d’écouter ceux de ses « adversaires » ne leur permettra d’y parvenir.

C’est pourquoi ils sont condamnés à fabriquer des débats biaisés et théâtralisés qui ne sont que des pugilats verbaux, stériles et manichéens totalement dénués de réflexions de fond, entre pseudo « experts de plateaux » grandement ignorants des sujets débattus, sujets qui sont eux-mêmes choisis pour leur aspect clivant et susceptible de générer des audiences instantanées bien « juteuses ». C’est pourquoi les notions réductrices de « camp du Bien » et de « camp du Mal » (et inversement selon le côté où l’on se trouve…) sont si présentes et ne sont pas près de disparaître car elles sont le logiciel de ce système qui, souhaitons-le, finira par s’effondrer sur lui-même, miné par son inanité et surtout le désintérêt du public.

Loïc de Bentzmann.

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