Près de 20 millions de Français s’informent avec les journaux télévisés du soir (JT), pour la plupart fidèles aux chaînes historiques comme TF1 (28,6 % de part d’audience, soit 5,45 millions de spectateurs), France 2 (21,2 % de PDA, 4 millions de téléspectateurs) ou M6 (9,8 %). C’est la raison pour laquelle l’arrivée de Léa Salamé au JT de France 2 est considérée comme un événement majeur par la sphère politico-médiatique. Autre personnalité qui ne fait pas l’unanimité, Cyril Hanouna revient, mais sur la chaîne W9, propriété du groupe M6, puisqu’il a coulé la chaîne C8 du groupe Bolloré par ses dérapages sanctionnés par l’Arcom… Quant au lancement de la chaîne Novo19, avec un score de 0,8 % de part d’audience (150 000 personnes) pour sa première soirée, il mérite qu’on s’y arrête.
De la commune au monde. - Fin février 2024, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a en effet ouvert un appel à candidatures pour renouveler quinze fréquences de la télévision numérique terrestre (TNT). Estimant que « le jeu (était) ouvert » et que, sans doute, il y avait tout à gagner (ou rien à perdre), Ouest-France, premier quotidien français en diffusion payante (591 475 exemplaires en 2024, 780 journalistes), a présenté un projet de chaîne nationale et généraliste, alors nommée Ouest-France TV, qui « racontera ce que vivent les Français et portera un regard à la fois divertissant et ancré dans le réel, de la commune au monde », précisait alors le groupe de presse écrite, basé à Rennes (Ille-et-Vilaine).
L’Arcom a fait passer un grand oral, diffusé en direct sur son site, aux 25 postulants retenus (sur 27 candidatures reçues). Surprise pour bien des observateurs avertis : le 24 juillet 2024, le projet du groupe Sipa Ouest-France, dont l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste est l’unique actionnaire, était validé. Rebaptisée NOVO19 (contraction de « Nous » et de « Vous », avec le numéro 19 du canal attribué en janvier), la nouvelle chaîne gratuite a commencé à émettre, lundi 1er septembre.
Au plus près de ceux qui font la France. - « NOVO19 est né d’un constat qu’une grande majorité des habitants des territoires français a le sentiment que l’espace audiovisuel ne montre pas la réalité de ce que vivent les gens, écrit François-Xavier Lefranc, président du directoire de Ouest-France, dans un éditorial publié dans le quotidien, le jour du lancement de la chaîne. NOVO19 veut donc être au service de celles et ceux qui font la France au plus près (…) La création de NOVO19 est un acte d’engagement citoyen au service de la démocratie. »
« NOVO19 est la seule chaîne nationale pensée ailleurs qu’à Paris », insiste Ouest-France dans un supplément de quatre pages publié avec le quotidien régional le 1er septembre. Un studio a été créé à Rennes pour le journal télévisé, à 18 h 10 du lundi au vendredi, avec une rédaction dédiée de huit journalistes. Qui s’appuiera sur un large réseau de correspondants en France hexagonale et dans les Outre-mer. Ses autres programmes (documentaires, talk-show, fictions, sports…) feront « une référence permanente à la diversité des territoires ».
Recherche investisseurs. - « Actuellement détenue à 100 % par le groupe Sipa Ouest-France (qui annonce vouloir y investir 30 millions d’euros par an), NOVO19 pourra accueillir des actionnaires mais qui resteront minoritaires et sans pouvoir sur les contenus », précise Fabrice Bahkouche, directeur général de Sipa Ouest-France. Deux actionnaires, dont le fabricant de montres de luxe et Breton d’adoption Richard Mille, ont déjà décidé d’accompagner NOVO19. Avec le soutien de banques, le groupe de presse, qui reste endetté et déficitaire, est toujours à la recherche d’investisseurs.
Sur le site lefigaro.fr, en juillet, le président du directoire de Ouest-France affirmait qu’« aucune démarche volontariste de notre part » n’avait été entreprise pour approcher le milliardaire breton François Pinault, par ailleurs propriétaire du Stade Rennais. Des propos, alors, destinés à faire taire une information sortie dans quelques médias. Dans l’entreprise, les syndicats craignent « un pari risqué ». La direction vise la rentabilité « à l’horizon de trois à quatre ans ». Et se fixe, à terme, 2 % de part d’audience sur la tranche d’âge 15-49 ans. ■
Sylvie Fernoy.
(1) Le 21 juin, le comte de Paris a été accueilli par la direction de Ouest-France, au siège à Rennes, pour marquer les 75 ans de l’abrogation de la loi d’exil (Royaliste, n° 1304, du 2 juillet 2025).
La seule chaîne nationale créée en province