Accueil > Royaliste > Nos articles récents > « La Nation française » > Le syndrome des émeutes urbaines

Royaliste n°1262 du 25 septembre 2023

Le syndrome des émeutes urbaines

La Nation française

lundi 25 septembre 2023

Les émeutes de juin-juillet ont durement frappé la nation et effrayé la gouvernance macronienne qui est ensuite retournée à ses occupations ordinaires. Comme rien n’a changé ni ne changera, la violence latente produira de nouvelles explosions - pire que celles de l’été dernier.

Le bilan est à tous égards consternant : deux morts, 723 policiers blessés, 1092 bâtiments plus ou moins dégradés dont 250 établissements scolaires, et 5 954 véhicules brûlés. Les exactions ont provoqué la mise en cause de 12 233 personnes et 4481 mesures de garde à vue ; 83% des personnes majeures déférées devant les tribunaux ont été condamnés, dont 60% à une peine de prison ferme. La gouvernance brandit au nez de la droite les statistiques de la répression judiciaire et se félicite de la mobilisation policière en oubliant que, début juillet, on se demandait au ministère de l’Intérieur comment maintenir l’ordre pendant les Jeux olympiques…

Ce n’est pas la gauche qui apportera des solutions à une série de problèmes qu’elle ne sait pas identifier. Jean-Luc Mélenchon et les dirigeants de LFI ont vu dans les émeutes une “colère légitime” et affirmé que “la fin justifie les moyens” comme si les pillards étaient l’aile marchante d’un mouvement révolutionnaire. L’aveuglement d’intellectuels bourgeois saisis par la démagogie communautariste et prenant des poses irresponsables ne peut éclaircir l’horizon politique…

La droite radicale n’a pas non plus surpris. Pendant les émeutes, elle a cru que ses intérêts électoraux venaient spectaculairement se confondre avec ses obsessions ethniques - ou le contraire. Marine Le Pen a déclaré que “la haine de la France” animait les casseurs en oubliant que le Front national avait répandu pendant des décennies la haine ethnique. Bien entendu, elle a rituellement situé la cause des troubles dans l’immigration sans égards pour les premiers bilans des arrestations, où l’on ne recensait que 10% d’étrangers. Le fait a été reconnu par le député RN Jean-Philippe Tanguy puisqu’il proposait de rétablir le service militaire.

Plus à droite, Mathieu Bock-Côté expliquait (Le Figaro du 30 juin) que nous n’étions pas en guerre civile mais dans une guerre opposant les autorités françaises à des enclaves étrangères. Pour appuyer son propos, ce citoyen canadien expliquait aux lecteurs du Figaro (7 juillet) qu’il s’agissait bien d’émeutes ethniques organisées par des immigrés puisqu’il y avait une “dissociation de plus en plus marquée entre la nationalité juridique et la nationalité existentielle”. Dans le mépris du principe multiséculaire du droit du sol, c’est reprendre la catégorie des “Français de papier” forgée par l’Action française et nous préparer à des opérations de tri et d’abattage dont l’histoire récente nous a donné trop d’exemples.

L’immigration est d’autant moins le facteur explicatif des violences urbaines que la population qui a directement souffert des émeutes de juin-juillet compte beaucoup d’immigrés et de personnes issues de l’immigration qui ont souffert et souffrent encore de la boutique pillée, de la voiture brûlée, de l’école saccagée…

Constater que les émeutiers sont de jeunes citoyens français ne permet pas de se rassurer. Les émeutes de 2005 avaient souligné l’échec de la politique de la Ville et les conséquences de la liquidation discrète de nombreuses associations de quartier pendant que SOS Racisme assurait le spectacle médiatique. Aucune leçon n’a été tirée de cette première alerte de grande ampleur (200 communes touchées) et les gouvernements successifs se sont concentrés sur l’islamisation des banlieues - phénomène indéniable - en oubliant la question urbaine. Les émeutes de juin-juillet ont été plus nombreuses (516 communes touchées) et ont largement débordé les quartiers sensibles pour atteindre certains centres urbains (Marseille), des villes moyennes (Arpajon) et des petites communes (Gaillon).

Tout le monde a remarqué que les partis politiques ont été débordés, y compris la gauche radicale, mais bien peu ont relevé avec Olivier Roy que les imams n’ont eu aucune influence, positive ou négative, sur le cours des événements. Nul n’ignore que ce sont les dealers qui ont imposé le retour au calme ou empêché tout incident sur leurs “zones commerciales”- ainsi dans les quartiers nord de Marseille. Les émeutiers de juin-juillet étaient apolitiques et areligieux. Pas de drapeaux, pas de slogans, pas d’abayas. Très peu de solidarité avec le jeune délinquant tué par un policier, aucune référence aux Insoumis et au Comité Adama. Les pillages systématiques montrent que leurs auteurs sont parfaitement intégrés à la société capitaliste, qu’ils sont avides de ses produits et très entreprenants sur tous les marchés illicites. Leurs comportements individualistes sont contrebalancés par des logiques de clan - clan familial, groupe délinquant - qui conduit à considérer que la police, la municipalité et l’école font partie du principal clan ennemi.

Comme ces données n’entrent pas dans les calculs politiciens, nul ne s’en préoccupe. Il faut donc s’attendre à une réplique des événements du début de l’été. En pire.

Yves Landévennec.