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Royaliste n°1311 du 19 novembre 2025

Mercosur : trahison en vue

La Nation française

mercredi 19 novembre 2025

En se prononçant depuis le Brésil pour une ratification de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, le président de la République a pris le risque d’envenimer les tensions sociales et politiques.

Le 6 novembre, lors d’une rencontre avec le président Lula en marge de la COP 30 de Belém, Emmanuel Macron qualifiait l’accord avec le Mercosur de « plutôt positif », dans la mesure où des clauses protégeant l’agriculture européenne y figuraient désormais. Une déclaration qui a provoqué, dans les heures qui ont suivi, une avalanche d’indignations tant le sujet est, à juste titre, brûlant, pour l’agriculture française.

Les dirigeants de la FNSEA, de la Coordination Rurale et de la Confédération paysanne ont immédiatement réagi en qualifiant ces propos de trahison. Et les précisions - plus qu’embrouillées - apportées par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard (LR) ne les ont pas vraiment rassurés. On sait en effet que Bruxelles et Berlin mettent une grosse pression sur les Etats membres pour que le traité Mercosur soit signé le 20 décembre prochain, dans une version qui n’inclue à ce stade aucune « clause de sauvegarde ».

Les paroles du chef de l’Etat ont également déclenché un tir de barrage dans la classe politique. Du RN à LFI, en passant par les écologistes, le PC et le PS, mêmes réactions scandalisées. Y compris de la part de Bruno Retailleau, le patron des Républicains, qui n’a pas hésiter à déjuger une ministre de l’agriculture pourtant issue de ses rangs. Du côté des macronistes, on garde à ce stade un silence plus qu’embarrassé.

Sur le terrain, la mobilisation paysanne commence à s’organiser et on peut s’attendre, dans les semaines qui viennent, au retour des tracteurs dans nos rues. De premières tensions ont eu lieu le 12 novembre à Toulouse à l’occasion d’une visite d’Emmanuel Macron. Questionné par une délégation de syndicalistes agricoles très en colère, le chef de l’Etat a fait machine arrière toute, en déclarant que le projet de traité « tel qu’il existe aujourd’hui recevra un non très ferme de la France », confirmant au passage que l’actuelle copie bruxelloise ne comprend ni « mesures miroirs », ni « contrôle aux frontières ». La direction nationale de la FNSEA a pris acte de ces déclarations en indiquant qu’elle attendait du président de la République un « non » sans conditions lors du conseil européen du 18 décembre.

Toute cette agitation ne fait évidemment pas les affaires d’un gouvernement et d’un PS, à la recherche d’un compromis sur le budget. En cristallisant les oppositions, en ouvrant potentiellement une fracture au sein du « bloc central », l’agitation autour du traité du Mercosur pourrait bien déjouer les calculs de ceux qui pariaient sur une sortie de crise politique d’ici la fin de l’année. Affaire à suivre. ■

Jean Bongrain.