Elle s’est en effet retournée contre son créateur : par 270 voix pour et 265 voix contre, la motion de rejet du texte d’un projet de loi sur l’immigration a été votée « en même temps » - pour des raisons diamétralement opposées – par la droite (RN + LR) « et » par la gauche (NUPES) dans une improbable alliance de circonstances et avec le soutien opportun de neuf députés Renaissance brillant par leur absence...
Il est incontestable que l’immigration constitue, avec d’autres, un sujet important pour les citoyens français. Et c’est justement pour cela qu’il ne saurait être traité avec une trentième loi qui ne le fera en rien progresser comme l’ont déjà clairement montré les vingt-neuf qui l’ont précédée depuis 1980, soit une tous les 17 mois ! Par contre, ce qui s’est passé lundi dernier ne fait que souligner une nouvelle fois la paralysie politique née en 2022 avec la majorité relative que les électeurs français (dont 53,77 % d’abstentionnistes) ont donné à Emmanuel Macron et au gouvernement qui en a résulté.
Avec l’arrivée à l’Assemblée nationale de 89 députés RN, le laminage des élus LR (62 députés), l’émiettement et la division de la gauche historique regroupée au forceps au sein de la NUPES et la fausse majorité présidentielle, le Parlement est désormais constitué de quatre blocs inconciliables qui ne vont avoir qu’un seul objectif : pour trois d’entre eux, continuer de monter ou remonter la pente électorale au prochain scrutin (les élections européennes de 2024) en faisant échouer le gouvernement aussi souvent que possible et ce d’autant plus facilement que le quatrième (Renaissance / Horizons) est divisé et fragilisé comme ce vote l’a montré. Si elle a pu faire illusion pendant la première législature par l’élan du premier mandat et au début de la seconde grâce au « 49-3 », la stratégie « ni droite ni gauche » d’Emmanuel Macron a définitivement échoué. Et si Marine Le Pen peut « boire du petit lait » de voir ainsi un boulevard présidentiel de plus en plus large s’ouvrir devant elle pour 2027, pour le Rassemblement National, le chemin parlementaire sera sans doute plus escarpé et pourrait bien conduire à une situation similaire de majorité relative dès la prochaine législature.
Et pendant que tout ce petit monde se complaît dans ces jeux de basse politique, les Français sont confrontés à l’inflation, au mal-logement, à une récession toujours menaçante, au chômage qui repart à la hausse, à l’insécurité sociale et à la précarité économique, sans oublier les tensions géopolitiques qui se multiplient et l’oligarchie financière européenne qui se prépare à leur présenter la facture austéritaire du « quoi qu’il en coûte » avec le retour de l’inepte « loi » budgétaire des 3 %.
Inspirés par le Cardinal de Retz, nous ne pouvons que tristement conclure : on ne sort du « en même temps » qu’à nos dépens.
Loïc de Bentzmann.
Ni droite, ni gauche et en même temps…