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Royaliste n°1295 du 26 février 2025

Océan Indien, « Mare Nostrum »

La Nation française

mercredi 26 février 2025

La présence de la France dans la vaste zone Indo-Pacifique nécessite de renforcer les coopérations multilatérales avec les Etats voisins. Et de valoriser les atouts de premier ordre de nos territoires d’outre-mer

Les mercredi 5 et jeudi 6 février se sont tenues, à l’Université de La Réunion, les deuxièmes Journées d’études indo-pacifique à l’initiative de l’Association régionale des auditeurs de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN) de l’océan Indien. Le fait que cette manifestation se déroule dans un département français situé au cœur de la zone concernée était en soi tout un programme, surtout avec la présence de représentants venant de plusieurs grands pays riverains.

De fait, l’océan Indien occupe une place à part dans le vaste espace indo-pacifique en raison de l’abondant trafic maritime qui s’y effectue et des tensions particulières qui s’y manifestent, notamment la persistance de la piraterie.

Loin d’être un acteur secondaire, la France est, au contraire, aux premières loges de tous ces enjeux. En raison des attaques perpétrées par les Houtis en Mer Rouge, beaucoup de navires ont repris la voie maritime du Cap de Bonne Espérance, les conduisant à emprunter le Canal du Mozambique dont le trafic est désormais comparable à celui du rail d’Ouessant au large de la Bretagne. Or, la France, par sa présence à Mayotte et dans les Îles Éparses, se trouve en position de contrôle de ce verrou maritime.

Cette situation particulière, à laquelle s’ajoute la surveillance d’une zone économique exclusive (ZEE) vaste comme la Méditerranée, nécessite une présence militaire significative en dépit des restrictions budgétaires. Ainsi le port de La Réunion est-il, désormais, la troisième base navale française.

Toutefois, la France ne peut ni ne veut assurer seule la sécurité maritime de ce vaste espace. C’est donc dans ce contexte qu’a été établie, en 2018, une architecture régionale de sécurité maritime portée par la Commission de l’Océan indien (COI) réunissant, outre la France, Madagascar, les Comores, Maurice et les Seychelles, avec un cofinancement de l’Union européenne.

À une échelle plus vaste, la France participe également à l’Association des États riverains de l’océan Indien rassemblant 23 pays dont l’Inde, l’Afrique-du-Sud et l’Australie auxquels sont associés 11 partenaires de dialogue dont les États-Unis, la Chine et la Russie. En participant à ces structures régionales multilatérales, la France peut y déployer sa stratégie indo-pacifique fondée sur une alliance et non un alignement avec les États-Unis et un dialogue avec la Chine.

Mais la France est aussi la seule puissance de la région appartenant également à l’Union européenne (UE), ce qui lui confère une autre responsabilité mais lui offre également des opportunités. Ainsi a-t-elle réuni, en 2022, à la faveur de sa présidence de l’Union, un Forum pour la coopération dans l’Indo-Pacifique auquel ont participé les 27 États membres de l’UE, une trentaine de pays de la zone et plusieurs organisations régionales. Des programmes ont ainsi pu être lancés ou renforcés, notamment dans le domaine de la sécurité et de la défense avec, notamment, l’extension du concept de présence maritime coordonnée dans le Nord-Ouest de l’Océan indien.

Cette place singulière, la France la doit à sa présence souveraine dans la région qui en fait un partenaire à part entière. À cet égard, Marc Abensour, ambassadeur en charge de l’Indo-Pacifique, a fait remarquer que dans la logique des flux engendrée par la maritimisation du monde, les îles, autrefois considérés comme des territoires lointains et coûteux, deviennent des atouts de premier ordre.

Réjouissons-nous donc de l’appartenance à la France de La Réunion et de Mayotte mais aussi de la Polynésie et de la Nouvelle-Calédonie et veillons à ce que ces îles et archipels trouvent toute leur place dans notre nation afin de ne pas prêter crédit au chant des sirènes de la sécession émis depuis les rivages de la mer Caspienne.

Puissent nos dirigeants donner à notre pays les moyens et à nos outre-mer l’envie de cette politique. ■

Fabrice de Chanceuil.