Vu de France, le Québec est l’exemple à suivre pour la sauvegarde du français. Toujours province du Canada, le Québec est le pays envié par de nombreux Français qui voient leur langue malmenée en France et négligée par leurs gouvernants successifs.
Le français y bénéficie, dans un environnement largement anglophone, de protections puissantes, renouvelées et surtout appliquées. Cela résulte de combats difficiles et ardus menés par les Québécois et leurs représentants pour faire du français la langue officielle et commune du Québec. Ainsi, se sont succédé en 1974 la loi 22, suivie en 1977 de la renommée Charte de la langue française (loi 101), elle-même renforcée par la récente loi 96 de 2022 (en cours de mise en œuvre).
La loi 96 confirme que le combat pour le maintien existentiel du français, vecteur de l’identité collective du Québec, est plus que jamais d’actualité dans cet îlot de francité (9 millions d’habitants (1)). Ce texte a mis en place un commissaire à la langue française (Benoît Dubreuil) qui aura, en plus de fournir des avis et des recommandations au gouvernement, la possibilité d’effectuer des vérifications et des enquêtes.
L’usage de l’anglais en progression. - En 2024, l’Office québécois de la langue française (OQLF) a dressé, dans son rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec, le constat d’une pression constante et prégnante de l’anglais, singulièrement dans le secteur des loisirs et du travail. Cette réalité linguistique complexe est, en France, souvent méconnue. Le rapport dévoile qu’une part notable des jeunes francophones (55 % des 18 à 34 ans - sondage de 2021) n’est pas opposée à l’utilisation de l’anglais au travail, en ligne ou dans les commerces. En outre, la population parlant principalement le français à la maison est passée de 81 % en 2016 à 79 % en 2021.
L’OQLF pointe également l’importance cruciale du français comme langue d’enseignement alors que le poids de l’immigration de populations anglophones renforce la présence de l’anglais dans l’enseignement. Statistique Canada indique que le nombre de résidents non permanents (souvent anglophones) présents au Québec a augmenté en 2024 de 20% portant l’effectif à 616 600 personnes au 1er janvier 2025. Sur ce point, depuis la loi 96, le nombre d’élèves dans le réseau anglophone est plafonné à 17,5 % du nombre des étudiants du premier niveau d’éducation post-secondaire. L’OQLF souligne enfin l’omniprésence de l’anglais dans le domaine du travail, notamment dans les secteurs des hautes technologies et de l’économie du savoir ; les entreprises québécoises étant de plus en plus actives à l’international.
Le constat de l’OQLF est limpide « La part de personnes connaissant l’anglais a augmenté, alors qu’au contraire la part de personnes connaissant le français a légèrement diminué. »
De plus, le commissaire à la langue française, précise que « parmi les francophones, les personnes de deuxième génération d’immigration ont un niveau de bilinguisme plus élevé et manifestent une plus grande indifférence linguistique que les personnes immigrantes et que celles qui ne sont pas issues de l’immigration »
Enfin, le constat le plus préoccupant est le glissement des jeunes générations vers les contenus anglophones des plateformes du type Netflix et Spotify qui diffusent en masse les œuvres anglophones ; 5 % seulement de la musique écoutée est québécoise sur Spotify et au total 8,6 % des contenus sont en français. De même sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok, X, plus de 50 % des 18-34 ans dialoguent et publient en anglais afin d’être plus visibles dans l’environnement numérique nord-américain.
Le Québec réagit. - « Il est désormais possible pour un jeune Québécois de grandir sans jamais être exposé à des œuvres culturelles québécoises. Cela n’est pas seulement un problème de consommation, mais de transmission. La culture québécoise, avec ses valeurs, son humour, ses références, et ses récits, risque de disparaître des esprits, surtout chez les jeunes générations, si rien n’est fait pour inverser cette tendance. » conclue, sans fard, le nouveau commissaire à la langue française. Un signe positif apparaît en 2024 : la part des nouveaux immigrants permanents connaissant le français est en augmentation.
Devant cette situation, un projet de loi (n°109) garantissant la « découvrabilité » des contenus culturels francophones dans l’environnement numérique, porté par Mathieu Lacombe (ministre de la Culture et des Communications) vient tout juste d’être déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale du Québec. Ce projet a pour but de garantir la souveraineté culturelle du Québec par la mise en évidence des contenus en français. Ce projet consensuel a fait, fin octobre 2025, l’objet de recommandations de Benoît Dubreuil visant à le renforcer. Les Autorités québécoises ont donc bien conscience du danger et agissent contre l’anglicisation même rampante.
Le projet relevant de l’exception culturelle québécoise, risque d’être un nouvel élément de discorde avec l’Administration Trump. Déjà le département américain du commerce considère la loi 96 comme une Foreign trade barriers, une entrave au commerce !
La situation linguistique au Québec n’est donc pas un long fleuve tranquille mais un rapide où les draveurs (2) de la langue française savent se diriger face aux géants économiques et numériques anglophones pour maintenir l’identité collective francophone du pays. La langue reflète l’identité propre d’un peuple et à sa vision du monde ! ■
Marc Favre d’Echallens.
(1). En 2024, environ 56 % ne parlent avec leurs proches que le français, 4 %, que l’anglais et 30 %, le français et l’anglais ou le français et l’anglais accompagnés d’une autre langue, 10% une autre langue. Source 2024 de l’Institut de la statistique du Québec.
(2). Ouvrier forestier chargé de contrôler la libre flottaison des troncs d’arbres coupés qui sont jetés dans un cours d’eau : cet emprunt construit à partir de l’anglais driver est acceptable parce qu’il s’inscrit dans la norme sociolinguistique du français au Québec (source OQLF).
Québec : constats pour un combat 