Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, a présenté à la presse le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), qui poursuit ceux de 2011 et de 2024. Il présente cinq axes : « protéger la population des effets du changement climatique ; assurer la résilience des territoires, infrastructures et services ; adapter les activités humaines et assurer notre souveraineté alimentaire, économique et énergétique ; protéger notre patrimoine naturel et culturel ; se mobiliser pour réussir l’adaptation ». 51 mesures, réparties sur ces cinq axes, couvrent assez exhaustivement les problèmes potentiels que posera le changement climatique (CC), en répartissant avec raison les tâches entre acteurs publics et privés.
Ce Plan, bienvenu, nous mène pourtant à trois grandes conclusions.
La première, c’est notre aveu d’impuissance : nos sociétés n’ont pas voulu agir à temps pour prévenir le CC quand c’était relativement facile, puisqu’il suffisait de suivre les avis détaillés du GIEC. L’abandon de toute politique environnementale par Donald Trump en est le dernier avatar, le plus explicite et le plus navrant. Il sera bientôt trop tard : ayant abandonné toute volonté de prévention, il n’y aura pas d’alternative au développement d’une politique passive d’adaptation.
La deuxième, c’est la démonstration d’une incompréhension profonde du fonctionnement de l’écosystème, et de sa composante « chaotique » (au sens scientifique du terme) : au-delà de certains seuils, les changements écosystémiques ne sont pas linéaires, mais brutaux et imprévisibles. Jusqu’à +2° les modèles du GIEC sont capables de prévoir les évolutions du climat ; à +4°, ce n’est plus le cas. Nous entrons dans l’inconnu, et les adaptations « passives » telles que les propose le PNACC, autrement dit les réponses à des évolutions prévisibles, risquent fort d’être très vite inapplicables ou inopérantes.
La troisième, c’est le soulagement du système ultralibéral : le PNACC est une bonne excuse pour revenir au « business as usual ». Inutile de lutter, ce qui est coûteux, puisqu’il suffit de s’adapter au changement climatique ; finies, les lois vertes contraignantes pour les affaires ! Et la proposition du Haut-Commissariat pour le Climat (HCC), dans son analyse du PNACC, si elle corrige quelque peu le projet, ne change pas vraiment cet état d’esprit. Le HCC suggère en effet que « des mesures d’adaptation transformationnelle doivent être conçues et mises en œuvre avant d’atteindre les limites de l’adaptation incrémentale ». Autrement dit : une adaptation qui se limite à déplacer les curseurs, un « adaptation incrémentale », qui fait l’hypothèse implicite d’une évolution linéaire prévisible des changements climatiques, n’a de sens que si l’évolution se déroule « toutes choses égales par ailleurs ». Alors que ce que le HCC nomme une « adaptation transformationnelle » prépare à des changements plus drastiques, pas nécessairement prévisibles, du climat.
Nous nous engageons dans un voie fatale. Le PNACC est nécessaire, mais pas suffisant. Sans politique active contre le changement climatique, puisque nous avons abandonné la lutte, tout cela risque de coûter beaucoup plus cher que ce qu’imagine le PNACC. Lequel, par-dessus le marché, est étrillé pour sa timidité et l’absence « (d’)un budget et un planning réaliste. Les idées sont bonnes, les porteurs identifiés en partie, mais le budget semble dérisoire ». L’écologie politique est décidément bien malade. ■
François Gerlotto.
Résister ou s’adapter ?