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Royaliste n°1309 du 22 octobre 2025

Rugby : résister aux mirages de l’argent

Les Formes

mercredi 22 octobre 2025

Rugby. Le match France-Pays de Galles, lors du tournoi des Nations de 2025.

Selon le rapport annuel de la commission de contrôle des championnats professionnels (CCCP) pour la saison 2023-2024 et malgré un potentiel économique incontestable, les 30 clubs français de rugby professionnel vivent globalement au-dessus de leurs moyens.

Le rugby souffre financièrement à travers le monde, de l’Australie à l’Angleterre, et de nombreux clubs affichent des résultats préoccupants. Depuis la fin du Covid, de nombreux clubs ont déposé le bilan en Angleterre : les Wasps, les London Irish et Worcester durant la saison 2022-2023. Certains clubs refont récemment surface peu à peu, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. En France, la situation est moins grave mais doit inciter les autorités de tutelle à la vigilance : uniquement 4 clubs sur les 14 ont un résultat d’exploitation positif. Parmi les 10 clubs ayant un résultat d’exploitation déficitaire :

  • trois clubs enregistrent une perte entre 119 000 € et 1,9 million d’euros ;
  • quatre clubs affichent un déficit compris entre 4 millions et 8,3 millions d’euros ;
  • trois clubs présentent un résultat d’exploitation négatif supérieur à 10 millions d’euros.

La question du plafonnement de la masse salariale (salary cap) qui comprend en premier lieu la rémunération des joueurs mais aussi celle de l’encadrement et de l’ensemble du personnel administratif et commercial des clubs se pose plus que jamais à l’aune de ce rapport. D’après la CCCP : « la masse salariale progresse de 7 % avec celle des joueurs qui enregistre + 3,51 % en Top 14 et + 20,8 % en Pro D2. » La part accordée à l’encadrement contribue en bonne partie à cette hausse. Pour la première fois, en Top 14, le niveau de rétribution (en brut) des joueurs a dépassé la barre des 10 millions en moyenne, passant de 9,8 à 10,1 millions d’euros. Toutefois, la part accordée aux salaires diminue, en proportion du reste : « La masse salariale représente désormais 40 % du total des charges d’exploitation, contre 45 % il y a deux ans. »

Le niveau d’endettement cumulé du TOP 14 est relativement élevé, représentant 70 % du bilan comptable. La dette à court terme se creuse depuis de nombreuses années, à contrario d’une dette à long terme suivant une tendance baissière.

Ces difficultés financières, qui ne doivent pas être négligées, ne freinent pas pour autant un engouement de plus en plus important. L’affluence dans les stades atteint des records, tout comme le nombre de téléspectateurs lors de matches de l’équipe de France.

La Ligue national de rugby (LNR) se félicite, à juste titre, d’une popularité qui continue de progresser et qui nourrit la vitalité et le potentiel économique des championnats professionnels : « Les recettes d’exploitation cumulées des clubs de Top 14 et Pro D2 sont en nette augmentation (+ 10 %) avec une croissance à deux chiffres sur cinq des sept postes de produits.  » Les recettes de match progressent notamment de 15 % en Top 14 et de 41 % en deuxième division. Le chiffre d’affaires du rugby professionnel a atteint ainsi un nouveau niveau historique en 2023-2024 à 598 millions d’euros (contre 543 la saison d’avant) ; pour le seul Top 14, il est à 434 millions d’euros (+ 9,3 %). Il en va de même pour les partenariats qui se développent dans les deux ligues professionnelles françaises. Ces deux postes en pleine expansion sont imputables à la popularité incontestable et grandissante aussi bien pour le rugby professionnel que pour l’amateur.

De bon choix. - Que nous dit cet état des lieux, au-delà de la sécheresse des chiffres ? Il apparaît d’abord clairement que le rugby professionnel français a su éviter les écueils que le rugby britannique a délibérément refusé de voir grâce aux garde-fous mis en place très tôt (1995 ) et renforcés depuis par les autorités de tutelle avec le soutien des ministères concernés. Les deux championnats professionnels français sont, aux yeux des autres championnats de la planète, les plus difficiles et les meilleurs aux monde, sportivement parlant. D’où son attrait sportif – mais aussi financier – pour les meilleurs joueurs de la planète, mais sans que cela ne porte préjudice ni à la formation, ni au rugby amateur, grâce, là aussi, à des dispositions réglementaires contraignantes.

On ne peut donc que se féliciter de l’unanimité de la LNR et de la FFR (Fédération Française de Rugby) face au projet, mort-né, de création d’une Ligue mondiale « rebelle » dite R360 : « Je salue la prise de position des principales fédérations nationales de rugby, dont la FFR, sur la non-éligibilité en sélection nationale. C’est un message clair, qui affirme un principe simple : on ne construit pas un sport en contournant ceux qui le bâtissent, on ne peut pas venir siphonner le travail effectué depuis des années par les clubs de tous niveaux. Notre rugby s’appuie sur des clubs enracinés dans leur territoire, sur la formation, l’accompagnement des joueurs et des championnats reconnus dans le monde entier. Des écoles de rugby aux Bleus, c’est un seul et même élan collectif ! Le rugby français, c’est notre fierté. Ensemble, œuvrons pour faire rayonner ce modèle responsable, performant et solidaire » a déclaré le président de la LNR.

Tant que les autorités de tutelle continueront à exercer cette vigilance en ne cédant pas au mirage de la financiarisation du rugby voulue par certains, ce sport aura de beaux jours devant lui. ■

Louis Dauvalie.