Après le Mu.ZEE d’Ostende et en association avec lui, le Musée de Pont-Aven rend hommage à l’artiste belge Anna Boch. Le musée breton entend développer un travail de réflexion sur la place des femmes dans l’art. Elles n’ont longtemps été que des exceptions. Sans remonter jusqu’à Artemisia Gentileschi ou Élisabeth Vigée Le Brun, Berthe Morisot, Mary Cassatt ou Anna Boch n’ont pas eu à déployer une stratégie de contournement pour s’affirmer. En inscrivant leur carrière dans les « cercles de l’art neuf », elles ont suivi un itinéraire qui, à la fin du XIXe siècle, n’était accessible qu’à des femmes issues d’un milieu social ou culturel privilégié. En France, la dernière exposition consacrée à Anna Boch remontait à 1994, au musée de Pontoise. Pour celui de Pont-Aven, le choix s’imposait puisque l’artiste et son frère Eugène ont découvert la région dès 1901. La nature, les rochers et la mer sauvage ont retenu l’attention d’Anna Bosch.
Anna Rosalie Boch est née le 10 février 1848 à Saint-Vaast, dans le Hainaut belge. Des ses six frères et sœurs, elle est proche d’Eugène, peintre lui aussi. La famille originaire du Luxembourg a fondé une manufacture de céramique à Mettlach, dans la Sarre. Victor Boch a créé une succursale en Belgique. A l’image d’une famille ouverte à la musique et aux arts, Anna Boch voyage très tôt. Femme moderne, elle s’offrira même en 1907 une automobile Minerva pour planter son chevalet où bon lui semble. Si, comme les femmes de son temps, elle n’a pu accéder à l’Académie, elle a pris des cours auprès de professeurs particuliers. Elle a fréquenté notamment l’atelier d’Isidore Verheyden. A ses débuts, Anna Boch s’intéresse à la tendance innovante de la peinture en plein air. En 1885, elle rejoint le groupe des XX, un cercle artistique qui promeut l’art moderne, fondé par son cousin Octave Maus. Elle est la seule femme à avoir adhéré au groupe des XX et à la Libre Esthétique qui lui a succédé. Elle se lance dans l’aventure du néo-impressionnisme incarné par Théo van Rysselberghe, Paul Signac, Georges Seurat. La découverte d’Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte, de Seurat, bouleverse sa réflexion esthétique. Elle n’en développera pas moins une touche plus spontanée et plus intuitive. Ses achats d’œuvres d’art lui permettent de découvrir d’autres tendances, comme celles de Gauguin ou de Van Gogh dont elle acquiert La Vigne rouge à Montmajour, puis La Plaine de la Crau avec pêchers en fleurs.
Anna Boch n’est pas seulement l’artiste femme la plus célèbre de son époque en Belgique. Elle prend toute sa place dans le post-impressionnisme des XIX et XXe siècles. L’exposition de Pont-Aven dresse le portrait d’une artiste mélomane, collectionneuse, mécène, passionnée d’architecture. Elle confiera à Victor Horta le soin d’aménager sa maison dans le style Art Nouveau. Lorsqu’elle disparaît en 1936, son testament lègue ses œuvres de Seurat, Signac ou Gauguin aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles.
Alain Solari.
Anna Boch, un voyage impressionniste . Musée de Pont-Aven, jusqu’au 26 mai 2024.
Une femme impressionniste