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Royaliste n°1270 du 17 janvier 2024

Urbanisme et spéculation

La Nation française

mercredi 17 janvier 2024

Le marché foncier et immobilier des grandes métropoles est passé sous l’influence de très puissants groupes financiers. Cela provoque de graves perturbations sociales et économiques.

La spéculation foncière et immobilière n’est pas nouvelle mais elle était essentiellement le fait de multiples professionnels (marchands de biens, promoteurs, constructeurs) nationaux qui concourraient tant bien que mal, dans un cadre réglementé, à un équilibre entre l’offre et la demande de logements et de locaux professionnels et donc à une relative stabilité des prix. Mais depuis une trentaine d’années, ce marché est sous la coupe des gestionnaires d’actifs. Ces mastodontes financiers (fonds de pension ou d’investissements le plus souvent anglo-saxons) investissent dans les grandes métropoles, avec le soutien des autorités locales, dans le cadre de grandes opérations de rénovation urbaine, plus ou moins justifiées dans leur principe mais critiquables par leur caractère fortement spéculatif. Celles-ci sont de moins en moins bien acceptées par les populations des quartiers concernés car elles créent une financiarisation directement responsable d’une mono-représentation sociale (« gentrification ») due à la flambée des prix qui les accompagne immanquablement.

Ainsi à Marseille, le chantier de la rue de la République (qui s’inscrit dans le cadre du vaste projet « Euroméditerranée ») a suscité une vive opposition locale. Avec l’appui de l’association Un Centre-ville pour tous (CVPT), les collectifs de locataires et associations d’habitants ont lutté contre les tentatives d’éviction menées à coups de non-renouvellement des baux et d’intimidation des locataires. Dans un premier temps, ils ont partiellement gagné leur bataille juridique en obtenant une obligation de relogement par les propriétaires et la vente d’immeubles à des organismes HLM pour qu’une partie de ces locataires y soient relogés. Mais l’association ne s’est pas arrêtée là : après la publication d’une enquête sur les stratégies et les montages fiscaux de ces gestionnaires d’actifs, ainsi que sur la vacance des commerces de rez-de-chaussée et des logements qu’ils possèdent encore, elle a clairement établi que la réhabilitation « a été une opération de spéculation financière, soumise à la dictature du taux de profit, au mépris des habitants, entreprises, acteurs culturels et commerçants initiaux ».

A Paris, dans le troisième arrondissement, une opération menée par le fonds géant Blackstone pour réaliser 24 000 m² de bureaux a provoqué une levée de boucliers, soutenue par les élus communistes et écologistes, contre la mairie de Paris qui argue que ce projet « permet de maintenir et ramener au cœur de Paris des entreprises que l’on avait vu partir en banlieue ces dernières années » (ce qui en dit long sur la nocivité de la concurrence entre territoires…). Et c’est ainsi que ce soutien municipal a permis à Blackstone de revendre l’opération achevée en 2018 à la compagnie d’assurances Generali pour trois fois le prix d’achat !

Il est impératif et urgent d’élaborer, dans le cadre national d’une planification pensée, concertée et bien construite, un plan « Urbanisme, logement et mixité sociale » pour mettre fin à ces dérives qui ne font qu’accroître la paupérisation et l’archipélisation sociale et économique de notre pays pour le seul profit d’une oligarchie cynique et dénuée de tous scrupules.

Loïc de Bentzmann.

Source : L’empire urbain de la finance. Pouvoir et inégalités dans le capitalisme de gestion d’actifs - Antoine Guironnet et Ludovic Halbert - Éditions d’Amsterdam - 2023