Depuis le début du millénaire, la balance commerciale de l’Union européenne avec les États-Unis ne cesse de s’accroître. Alors qu’en 1999, l’UE enregistrait un excédent mensuel avec les États-Unis de 200 millions d’euros par mois, la balance commerciale mensuelle de la période la plus récente s’élève à plus de 12 milliards d’euros et l’Allemagne s’y taille la part du lion.
Grâce à la création en 2002 d’un euro sur les bases d’un Deutsche Mark sous-évalué, les termes de l’échange sont en effet devenus extrêmement favorables aux exportations allemandes tant sur le marché intérieur européen qu’à l’international. En 2023, l’Allemagne a exporté des biens et services pour une valeur de 200 milliards d’euros vers les États-Unis. Rien d’étonnant donc à ce que l’Allemagne soit prête à tout pour « limiter la casse » face aux menaces de Trump d’instaurer des droits de douane de 10%, voire 20%, sur toutes les importations.
Déjà affaiblie par la plus difficile crise depuis la chute du Mur pour des raisons politiques et structurelles profondes, l’Allemagne ne pourrait le supporter. L’imposition de droits de douane élevés rendrait les produits allemands beaucoup plus coûteux et fragiliserait en particulier les industries automobile, chimique et mécanique, qui peinent déjà à se relever des récentes crises énergétiques et sanitaires.
Et c’est là qu’entre en scène Ursula von der Leyen, la « Zorro » et atout maître de l’industrie allemande récemment réélue - à cette fin - à la tête de la Commission européenne pour, comme d’habitude, faire payer à ses « partenaires » européens et notamment à la France le prix élevé des très mauvais choix stratégiques et macro-économiques antérieurs de son pays.
Grâce à son « génie » technocratique et son art consommé pour, très discrètement, maîtriser les rouages-clés de la bureaucratie de la Commission, elle a donc entrepris de contourner la compétence des États membres pour construire une « défense européenne intégrée » à l’ensemble nord-américain, ce qui fragilisera davantage encore la sécurité de notre continent. La Commission, alors que les traités placent la défense hors de son champ d’action, a décidé de s’en saisir à partir de l’industrie pour remonter vers la stratégie dans le seul but de sanctuariser une clause de préférence américaine afin de s’en servir de monnaie d’échange et de limiter ainsi les sanctions commerciales visant l’Allemagne. En d’autres termes, elle prend le contrôle de la souveraineté militaire et stratégique de la France et des autres pays membres pour, sous prétexte de construire une « défense européenne intégrée » chimérique, mieux donner à la Commission toutes latitudes pour décider de l’achat de matériels, d’armements et de technologies militaires exclusivement états-uniennes (la dépendance européenne au F35 et au Patriot a d’ores et déjà créé une rente qui se chiffre en centaines de milliards de dollars pour les décennies à venir auprès des grands fournisseurs américains) en échange de l’écoulement pénalisé a-minima de l’ensemble des produits manufacturés de l’industrie allemande aux États-Unis.
Par son pouvoir normatif, la Commission européenne serait ainsi en mesure, sous les meilleurs prétextes éthiques ou politiques, d’imposer des normes défavorables à l’industrie de défense française. De son côté, l’Allemagne cherche par ce biais à apaiser Trump en lui jetant en pâture la perspective de commandes européennes toujours plus élevées (cf. son projet de défense aérienne), voire la possibilité dorénavant de bénéficier de subventions directes de l’UE.
Qu’en pensent les députés français du Parlement européen qui ont contribué à la réélection d’Ursula ? ■
Loïc de Bentzmann.
Ursula et sa « chère » Allemagne